La lettre à Lulu
n°26 - déc

Justice béton. Le promoteur est dans l’impasse


Les résidents d’une petite impasse nantaise empoisonnent l’existence d’un gentil promoteur qui construit une rangée de pavillons sous leurs fenêtres.


Justice béton. Le promoteur est dans l’impasse
«Attention, impasse Guston, voie privée. Procédure judiciaire en cours entre les copropriétaires de l’impasse et la société OMCL» Le panneau, ripoliné de frais, est accroché sur chacune des façades des cinq ou six maisons qui jalonnent l’impasse Guston, une petite voie sans issue sise près du boulevard des Anglais. «C’est pour décourager les acheteurs des pavillons qui se construisent, et ça marche plutôt bien» commente, le sourire aux lèvres, madame Le Veau, l’une des résidentes de l’impasse. Les propriétaires mènent ainsi depuis cinq ans une guérilla judiciaire sans merci contre un entrepreneur voisin, qui s’est mis en tête de construire des pavillons sur les petits jardins qui bordent l’un des côtés de l’impasse. Leur cheval de bataille : le titre de propriété du promoteur qui revendique la moitié de l’impasse serait fantaisiste. Antoine Perissinot, aurait donc obtenu ses permis de construire sur une base contestable, que les résidents contestent d’ailleurs avec vigueur devant le tribunal civil. Mais la justice a des lenteurs que ne connaît pas le bâtiment, et pendant que l’affaire s’embourbe dans les couloirs du palais, Antoine poursuit son œuvre civilisatrice en édifiant ses pavillons avec une constance de métronome. Le problème, c’est que les résidents sont tellement pugnaces qu’ils découragent les acquéreurs, n’hésitant pas à descendre dans la rue pour leur expliquer la situation devant les représentants des agences immobilières. Une situation qui commence à exaspérer sérieusement le gentil promoteur : «J’ai un demi-milliard* d’immobilisé dans cette affaire, c’est une catastrophe. Je souhaite que la justice tranche le plus rapidement possible.» Pourquoi, dans ce cas, son avocat a-t-il traîné ostensiblement des pieds pour rendre ses conclusions, faisant ainsi lanterner la procédure ? Antoine ne sait pas, ne comprend pas. Il aurait peut-être besoin d’un petit conseil. Parce qu’en bâtiment, le gentil promoteur n’a besoin de personne pour aller vite. Lorsque le jugement sera rendu, au printemps prochain dans le meilleur des cas, une nouvelle maison aura poussé sur les petits jardins de l’impasse Guston. Et l’annulation d’un titre de propriété pour un petit bout d’impasse a peu de chances d’aboutir à la démolition d’un programme immobilier. Construisez, construisez, comme disait l’autre, il en restera toujours quelque chose.

<I>* de centimes.</I>

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