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Lulu 55 décembre 2006

Ker Vrai gant. Femmes, je vous aiiiide


Selon l'institut Kervégan, tout s'arrange pour la moitié du ciel local. Un bulletin météo très optimiste.


Ker Vrai gant. Femmes, je vous aiiiide
L'étude est dénommée « Femmes en mouvement ». D'après l'institut Kervégan* qui commente sa propre publication, ce rapport a «suscité des débats animés dans les milieux nantais». Leurs milieux, assurément. Des cercles emplis de brillants chefs d'entreprise, de hauts fonctionnaires, médecins, chercheurs et spécialistes, comme le note lui-même d'édito. Sacrée mixité sociale. On remarquera juste, pour faire juste la remarque, qu'il n'y a pas un instituteur dans cet institut, ni aucun conducteur de tank dans ce think tank. «Plutôt fiers de l'image de Nantes, ville agréable à vivre, tolérante, ouverte au monde, connaissant croissance économique et démographique enviables», ce beau monde met l'accent sur l'alliance nécessaire entre «développement économique et développement humain». Ça ne mange pas de pain. «Il leur est apparu que si les femmes étaient en situation de discrimination, d'iniquité, et d'injustice, cela ne pouvait être que préjudiciable à la dynamique et au potentiel de l'agglomération». Femmes, quittez cette précarité qui plombe l'image de Nantes. Devenez executive women, banquière, pédégère de moins de cinquante ans, exigez des golden parachutes, et larguez aux hommes ces jobs minables de femme de ménage, caissière de supermarché ou chômeuse à temps partiel. Mais ne le faites pas pour vous, ça serait très mesquin. Ni même pour faire plaisir aux féministes ou aux statisticiennes. Faites-le pour l'image de Nantes.

La trappe ou la rattrape
Qu'on se rassure. La discrimination subie par les femmes, ici, c'est bien fini. Des preuves ? L'université s'est choisi une femme président, et «À l'embauche, le principe “à qualification et responsabilités égales, salaire égal pour hommes et femmes“ est appliqué». Un accord a été signé «pour que les augmentations de masse salariale soient utilisées uniquement pour le rattrapage des salaires des femmes». On croirait une pub pour inciter les mères à accoucher de filles. Ce n'est pas tout : «Afin que les femmes cadres n'aient pas à choisir entre profession et enfants, les entreprises de la région nantaise ne programment plus les réunions des cadres à des heures tardives, les séminaires sur deux ou trois jours se font rares.» Curieusement, cet emploi du temps se contrefiche des rapports des papas avec leurs marmots. On n'est pas héritier du peuple des guerriers pour rien. Les dîners-débats du club Kervégan démarrant à 20 h, c'est tout bénef pour l'emploi féminin, baby-sitting au smic et souvent au noir, mais faut bien débuter. Plus les débats durent tard, plus les étudiantes auront de sous pour s'acheter les publications de l'institut.

Au même moment, un rapport de la chambre régionale des comptes concernant notamment les personnels des chambres de commerce de Nantes et de Saint-Nazaire vient démentir les constats prometteurs : si « plus de la moitié des effectifs des CCI sont féminins, le taux de féminisation des cadres est inférieur » aux pourcentages de femmes à des taches subalternes.

Élargissons le cercle. Un tout récent rapport national** révèle que les femmes encaissent toujours les salaires horaires les plus bas, 10,13 euros de l'heure en moyenne, 2,40 euros en dessous de la moyenne pour les hommes. Et, pas de bol, les femmes ne travaillent en moyenne que 30 heures par semaine, les hommes 33,5 heures. Croisant les chiffres de l'APEC, l'Association pour l'emploi des cadres et de l'Insee, le rapport ajoute : «Être une femme, avoir moins de 30 ans, être employée, dans le commerce de détail ou dans le textile-habillement, travailler dans une entreprise de moins de 50 salariés, qui n'a pas de comité d'entreprise et ne distribue pas d'épargne salariale, constituent autant de facteurs aggravants, qui assurent, presque mécaniquement, un salaire moindre»***.

Resserrons le cercle. L'institut Kervégan note que «Les hommes politiques locaux, surtout les élus, sont désormais présentés fréquemment s'occupant d'un enfant ou accomplissant une tache ménagère». Ah bon ? Vous avez souvent vu Ayrault faire le repassage ? Mais l'article est titré «rêvons un peu». Promis, s'il est nommé à Matignon, il fera des séances repassage, pour la presse.

Simon Debeauvu

* Tribune libre n° 9, novembre 2006
** Jacques Delors, président du CERC, le Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale, a remis ce rapport au premier ministre le 17 novembre 2006
*** Le Monde, le 13 décembre 2006

Oui mais non-dit. Cachez ce ça

Le think-tank à la nantaise a des doutes. Un membre du club Kervégan exprime son désarroi : « Je persiste à trouver le sujet “femmes“ assez énigmatique ». Ce dénommé VB a trouvé la raison : « Le rapport hommes-femmes tourne autour d'un non-dit, la question de la séduction », jugée « thème difficile ». Et le non-dit demeure dans toute sa contribution, au point de deviner qu'à la place de « séduction », le bon monsieur de la bonne société pensante pense en fait cul. Mais ça ne se dit pas. Il tourne autour du pot : « Il s'agit souvent d'éviter de parler de “ça“ (…) On évite souvent de parler de “ça“ parce qu'on ne veut pas être catalogué comme un individu qui ne pense qu'à “ça“. Et pourtant ». No means no, disait d'un vieux slogan féministe. Au club Kervégan, on est encore mieux : quand c'est non-dit, c'est non-dit.

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