La lettre à Lulu
n°18/19-été

Kilocru. N’en jetez plus, la basse-cour est pleine


Les consommateurs délaissent la vache folle au profit du poulet.
Résultat : les producteurs envahissent le département et multiplient
les élevages de zombies à plumes.


Six cents projets de poulaillers industriels sont actuellement à l’étude en Loire-Atlantique selon l’association «La goutte d’eau» de Sainte-Anne-sur-Brivet. Ces écolos de terrain, paysans bio ou adeptes d’une agriculture durable, ont sans doute la prévision un peu alarmiste, mais l’ordre d’idée est bon. A 19 999 poulets par élevage, le seuil qui permet de ne pas demander d’autorisation préfectorale, ça commence à faire du monde. En quelques mois, la Loire-Atlantique pourrait ainsi se transformer en immense fabrique de bêtes à plumes à bon marché, au bénéfice de quelques groupes comme Doux ou Bourgoin. Le citadin ne veut plus de bœuf douteux. Qu’à cela ne tienne, bourrons-le de poulet fou, un volatile shooté aux antibiotiques et élevé en six semaines dans un périmètre plus petit que la surface de la Lettre à Lulu.

«Dans un élevage de poulets, on parle en kilos au mètre carré. La norme est de quarante kilos» précise Gérard Chatellier, aviculteur à Pontchâteau, qui essaie de se sortir depuis quelques années du piège dans lequel il est tombé en acceptant d’investir dans un poulailler industriel. L’éleveur doit en effet rembourser aux banques le prix du bâtiment, mais les poulets ne lui appartiennent pas. «Les poulets sont élevés dans la pénombre. Si par malheur l’un d’eux voit la lumière, c’est la catastrophe. Il se sauve comme un dératé et peut provoquer des étouffements par milliers.» Plus redoutable encore, les conditions sanitaires de l’élevage : «en quinze ans je n’ai jamais subi le moindre contrôle». Comment s’étonner, dès lors, que les poulets malades, atteints par exemple de la «gumboro», une infection virale, qui ne sont pas présentables sur les étals des supermarchés, soient soupçonnés d’être discrètement fourgués aux collectivités, et de servir à la restauration de nos chères têtes blondes ou aux repas des petits vieux dans les maisons de retraites. Explication : «le fournisseur d’aliment et l’abattoir font bien souvent partie de la même maison, alors on s’arrange pour limiter les pertes.»

Mais le poulet shooté n’est pas seulement une calamité pour le consommateur. C’est une plaie pour l’environnement et la qualité de l’eau. Sans parler des nuisances olfactives -le fumier de poulet rivalise en puanteur avec le lisier de porc- les élevages se multiplient actuellement sans aucun respect pour les nappes phréatiques du département. Ainsi plusieurs projets sont-ils actuellement avancés aux environs de Saint-Gildas-des-Bois, à la verticale d’une nappe de 27 km2, dont la teneur en nitrates frise déjà la saturation. Et les paysans qui ont investi depuis des années dans l’agriculture biologique s’étranglent de rage lorsque la DDASS leur explique qu’ils ne pourront bientôt plus commercialiser leurs produits sous l’étiquette bio, en raison de la pollution de l’eau qui sert à leur exploitation.

«A Pontchâteau, on s’apprête à construire une station d’épuration qui va coûter 3 milliards de centimes» ajoute Gérard Chatellier «et en amont on multiplie les poulaillers industriels». Le problème c’est que n’importe quel prête-nom peut installer, sur un simple lopin de terre, tous les poulaillers qu’il veut. Pourvu qu’ils ne dépassent pas 20 000 poulets l’unité, et qu’un groupe compréhensif lui avance un peu d’argent. C’est ce qu’on appelle le libéralisme avancé.

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