La lettre à Lulu
n°34 - oct

L’étagère à Lulu. La relative perfection du livre



L’étagère à Lulu. La relative perfection du livre
Un joli petit livre, <B>“l’absolue perfection du crime”</B>, de Tanguy Viel, est en train de se tailler un succès certain, voire un certain succès, sur les étals des libraires de France et de Navarre. Succès mérité pour ce polar littéraire conduit avec une indéniable virtuosité par ce jeune homme de 28 ans installé depuis deux ou trois ans à Nantes. Le parti pris pouvait sembler téméraire : entrer dans la peau d’un demi-sel de province, un peu limité dans sa tête, qui doit jouer les premiers rôles dans le cambriolage d’un casino. Mais après une phase de nécessaire perplexité, tout fonctionne plutôt bien, et l’on emboîte volontiers le pas de cette brute attachante dans les rues d’une ville indéfinie, qui pourrait être Saint-Nazaire. Petit problème technique toutefois, notre jeune auteur est allé un peu vite en besogne en composant son scénario : une montgolfière, fut-elle miniature, n’est pas dirigeable. Elle ne peut donc déposer le butin à un endroit précis. Le livre n’est donc pas parfait. Pas plus que le crime. Ce qui est, somme toute, rassurant.

Autre bonne surprise de cette rentrée : <B>“L’effacement du monde”</B> d’Éric Pessan. Qui aurait pu dire que ce jeune homme un brin dégingandé, responsable d’une radio locale à St-Herblain, Jet FM pour ne pas la citer, écrivait le soir venu dans sa chambrette d’incroyables histoires de types qui perdent les pédales, nourries par une singulière perception du monde. Il faut certes souscrire au postulat de départ -un narrateur qui couche sur papier sa perte progressive du langage- pour apprécier cet étrange récit. Mais, pour peu que le lecteur soit de bonne composition, et pas trop trop pressé, l’ensemble s’articule intelligemment. La plus belle trouvaille est sans doute le douloureux croisement entre le héros, un jeune père d’une trentaine d’années, et sa fillette de trois ans, l’une progressant un peu plus chaque jour dans l’apprentissage de la langue, l’autre perdant peu à peu tous ses repères. D’où une réelle qualité des échanges sans paroles, voire des silences, tout au long du récit.


<I>- L’absolue perfection du crime, Tanguy Viel, Minuit, 78 francs (11,89 euros).

- L’effacement du monde, Eric Pessan, La Différence, 98 francs (14,94 euros)</I>

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