La lettre à Lulu
Lulu 89 - juillet 2015

La décharge de la brigade légère


Lâchement abandonnés, les déchets de Pornic tentent la fuite, les riverains gueulent.


Pendant trente ans, jusqu’à sa fermeture en 2009, la décharge de l’Aiguillon à Saint-Michel-Chef-Chef a récolté les ordures des sept patelins de la communauté de communes de Pornic. Mais ça macère toujours, dans l’épaisseur, ça suinte de jus noirs et de boues dégueu (des « lixiviats » en jargon d’assainisseur), biogaz gorgés de méthane, bien plus réchauffant que le CO2. Et la nappe phréatique s’est laissée infiltrer de plomb, de mercure et d’autres joyeusetés*.

Premières alertes des riverains en 2004. Quatre ans après, le sous-préfet rappelle à l’ordre la société gérant ce cloaque. En 2011, il la met en demeure de mettre aux normes les fossés pour éviter que les liquides rejetés par la décharge ne polluent les eaux pluviales hors du site. Travaux faits, mais bâclés. Devant l’apathie des autorités, les assos de défense placent sur leurs déchets ménagers des traceurs colorés à la fluorescéine, orange vif, sans danger mais très visible. On en retrouve à 2 km. En mai 2012, une étude menée pour Bretagne Vivante par un ingénieur, ancien responsable environnement d’EDF, démontre que la décharge fuit et salope allègrement les eaux souterraines et les sols alentour. "Il est fort possible que l’étang des Gâtineaux, qui alimente le Pays de Retz en eau potable, soit pollué par ces fuites", écrit le groupe local EELV en octobre 2012. En novembre 2014, lors d’une Commission de suivi du site où siègent services de l’État et collectivités, les écolo-riverains de service tiquent sur les chiffres. La communauté de communes de Pornic répond qu’effectivement tous les volumes de lixiviats présentés sont faux : "la préfecture nous demande des chiffres, alors on lui a donné ces chiffres !". Le sous-préfet ne moufte pas. Les doses du seul chrome-6 sont supérieures au total des différents chromes confondus ? "C’est vrai que ce n’est pas possible, admet un fonctionnaire. Mais c’est à cause de mouvements sociaux dans le laboratoire avec qui nous avons un contrat." Il s’agit d’Eurofins, en pleine phase de restructurations, remous et licenciements. Le patron, le Nantais Gilles Martin, parle alors "des salariés qui ont envie de travailler avec nous" et des autres. C’est comme les ordures. On ne devrait enfouir que celles qui acceptent de se tenir tranquilles.

Vladimir Ibitch Oulalanov
* "L’ex-décharge de l’Aiguillon pollue toujours autant", Ouest-France, 25 février 2015

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