La lettre à Lulu
Lulu 47 décembre 2004

La lettre à lulu N°47. Les brèves



Moulé à la louche. Un gendarme, un jambon
La délinquance cochonne est en net recul. Le 3 décembre, cinquante moules à jambon ont été volés chez un fabricant de charcuterie de Basse-Goulaine. Un fourgon est repéré. Un suspect arrêté. On a mis les moyens : vingt voitures bleues de gendarmerie pour cinquante pandores à roulettes, le tout coiffé d'un hélico. Soit un militaire par moule à jambon : ça, c'est du ratio ! Pourvu que ces braves gendarmes n'aient pas trop charcuté le suspect.

Vous saurez toutou. Les chiens du voyage
Aperçu à l'accueil du public de la Communauté urbaine, un calendrier remplaçant les noms de saints par des noms de chiens. Un modèle déposé conçu et vendu par une société de Rouen. Sympathique de prime abord. Mais en épluchant les sobriquets proposés pour nommer son clebs, surprise : au milieu des Rex, Galopin, Snoopy, Brutus et Rintintin, apparaissent les noms de Gipsy, Gitan, Nomade, Bohémien, et même Tsigane pour le 25 novembre (aussitôt suivi par Gendarme attribué au 26 novembre). Aucune autre communauté ne trouve ainsi place dans ce calendrier. Petit rappel : la Communauté urbaine, comme chacun sait, s'occupe des terrains des gens du voyage. Après ça, faut pas que les gens du voyage s'étonnent d'être traités comme des chiens.

No border. Tous les chemins mènent aux Roms
C'était l'été. Les petits oiseaux sifflotaient un air à la mode dans les karaokés, les rayons de soleil gazouillaient, et le tribunal de grande instance de Nantes venait d'ordonner l'expulsion des huit familles de Roms, survivant dans la misère, établies depuis un an sur l'aire d'accueil des gens du voyage, à Bouguenais, derrière l'aéroport. Les gens du voyage, faut que ça voyage, c'est bien connu. De force s'il le faut. Élu PS, Alain Robert, président du syndicat mixte qui gère les aires d'accueil des nomades, veut donc les mettre dehors. Les renvoyer sur la route, plus exactement. "La situation était urgente, explique-t-il à Ouest-France*. Il faut que cette aire redevienne une aire d'accueil pour les gens du voyage français." Et voilà le retour de la bonne vieille préférence nationale. Ou une version soft du nettoyage ethnique. Le titre d'Ouest-France, "Les Roms ne savent plus où aller", aurait dû ajouter "pour échapper à la répression socialiste". Mais faut excuser l'élu. Il avait l'esprit ailleurs. C'était l'été, il allait justement partir en vacances. Des vrais gens du voyage, il allait en voir plein l'aéroport.

Cadeau de gadjo. Camp dira-t-on
La mémoire de ces barbelés a des échos amers, aujourd'hui. Un prof d'histoire vient de publier une étude sur les camps d'internement des nomades en Loire-Inférieure, sous Pétain. Les baraques en planches étaient percées par la froidure, tenaillées par la faim. On y avait déjà parqué les réfugiés républicains espagnols, puis les nomades, arrêtés pour leur sale crime, la bougeotte. On leur a confisqué leur seul bien, la roulotte, pour leur bien, bien sûr. C'étaient les indésirables, sous citoyens simplement jugés indignes d'appartenir à la communauté nationale. Une catégorie sociale tout à fait officielle où l'on fourrait d'office vagabonds et clochards, prostituées et proxénètes, avorteuses, gens du voyage et toxicos, repris de justice et "gens de sans aveu", et tous individus "suspects du point de vue national" selon la terminologie vichyste. "L'internement de toutes ces populations dans un même camp avec des nomades et des politiques vise bien à créer une confusion dans l'esprit des "honnêtes gens" et à empêcher toute commisération", écrit l'auteur.
* La Forge & Choisel, les camps de Châteaubriant, 1939-1946, par François Macé, éd. de l'amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé.

Nantes accueil. L'ascension éclair du transfuge
Transfuge de Presse-Océan lors de la fusion ratée en 1999 entre Ouest-France et Presse-Océan, Jean-Marie Biette revient à Nantes comme directeur départemental de la rédaction d'Ouest-France, remplaçant Yves Scherr. Placé comme homme de la situation si jamais Ouest-France mange Presse-Océan, il n'est pas sûr qu'il soit si bien accueilli par les deux équipes. Son "chiraco-zapatisme" autoproclamé aura fort à faire pour s'imposer. Les uns soupçonnent un arrivisme forcené avec son ascension comète, de St Nazaire à Rennes, jusqu'à Nantes. Les autres se souviennent du pactole empoché en quittant Presse-O en planquant qu'il avait déjà signé son transfert au club rival. Les gens sont d'un jaloux.

Carrelément plaqué. Un bienfaiteur à la rue
Du bon usage des grands hommes. Chefs d'entreprise, la commune de Saint-Herblain vous offre un service personnalisé : désormais votre nom pourra être donné à la rue où vous daignerez implanter votre boîte. Le premier honoré est l'industriel espagnol José Soriano, fondateur de Porcelanosa. Le 16 septembre, ce groupe, qui fabrique céramiques et carrelages, a inauguré son centre régional Ouest. et la rue au nom du fondateur. Ce bienfaiteur "a favorisé le développement de techniques industrielles innovantes pour remplacer les méthodes ancestrales", signale le magazine municipal. Sortir ainsi l'humanité de la préhistoire valait bien une plaque de rue. Saint-Herblain en termine ainsi avec cette période adolescente où elle donnait aux rues de ses zones industrielles des noms comme Sacco et Venzetti ou Bobby Sands, aux sens de l'innovation plus limités en matière de produits pour le bâtiment.

Homme souite homme. De mâle en vieilles pies
C'est pratiquement une catégorie sociale à part. Les "nouveaux décideurs nantais" ont droit depuis treize ans à une soirée d'accueil au Centre de communication de l'Ouest. Les nouveaux Rmistes peuvent se brosser. Ici, rien que du directeur, du grand ponte de quelque chose, Audencia, Port autonome, enseignement catho, banques diverses. Et même le boss des Renseignements généraux. 22 bizuths en tout. Ce 15 novembre, avec leurs parrains et les officiels, maire, préfet, présidents de région et du département, ça faisait plus d'une cinquantaine. Rien que des hommes. Pour la parité, c'est raté. La moitié du ciel attendra. L'an prochain, pour égayer la soirée, il serait bon de trouver un ou deux décideurs transsexuels.

De notre envoyée spéciale dans le tram. Sortez entrez restez pas là
Un soir ordinaire début décembre. Arrêt Commerce, 18 h 30. Le tram ne part pas. Annonce au micro pour les voyageurs qui s'impatientent à l'intérieur : "On a un problème dans la rame. Soit vous sortez, soit vous restez". C'est tout. Pas plus d'explication. Le déficit de communication à l'état pur. Finalement, il faudra attendre encore que la police sorte difficilement quelqu'un apparemment atteint d'un début de malaise. Moralité : pensez-y si vous avez un problème un jour, soit vous y pensez, soit non.

Minute pas papillon. Vingt minutes la minute
Solution stationnement : les places d'"arrêt minute" gratos se multiplient en centre ville de Nantes. Pour faire des courses chez les commerçants. Une minute, pour faire son achat, ouh la, doit pas falloir traîner ! "Il serait de bon ton que le visiteur n'excède pas les 20 mn de stationnement"*. Plus, il ventouserait grave. Puisque qu'aucune sanction n'est annoncée pour faire décoller les z'autos de cet arrêt minute-vingt minutes, une idée : si on glissait une cocotte-minute sous l'essuie-glace ? * Presse-Océan le 8 novembre 2004.

Ordures, macchabées !
Ça a l'air passionnant, la régie municipale du fossoyage. Au menu : lire des contrats de prestataires, donner un avis lors des renégociations de ces conventions de services publics. "Plus d'une centaine de pages recto verso, lues quasiment ligne à ligne, commentées, etc. Ça a duré trois heures", relate un participant à l'une des deux commissions consultatives des services publics locaux (Ville de Nantes et Communauté urbaine) chargées d'éplucher les délégations de service public et les régies. On s'intéresse en détail au crématorium, au camping du Petit Port, aux Salons Mauduit, aux parkings, à la gestion de l'eau, des déchets, et au golf de Nantes Erdre, trou par trou.

Nantes d'en-bas, moins que les Pays-Bas
Dans l'exemple hollandais d'Haarlem, auquel Thomas Le Galic compare le modèle nantais, les conseils de quartier, créés et élus par les habitants, émettent des avis auxquels le Conseil municipal doit répondre de manière motivée. A Haarlem, autonomie de budget et de réflexion. À Nantes, le Conseil municipal reste souverain et n'a aucun compte à rendre à ces "think tanks" de proximité. Ceux qui y siègent n'ont aucun moyen de mesurer en quoi leurs avis ont été retenus, pris en compte quand s'élabore une décision. Ce qui leur donne "l'impression de collaborer à la politique de communication de la mairie". Pour Noël, ils peuvent demander une panoplie de petit dir' com' du coin.

Valse des étiquettes. Hunault en plein transfert
A qui appartient, finalement, le député Ducoin, alias Michel Hunault ? Cartographiquement, il relève du castelbriantais. Mais politiquement ? On le croyait parti cet été à l'UDF après ses infidélités européennes à l'égard de Roselyne Bachelot. Et voilà qu'on* nous le cite comme député UMP pour lancer une question d'actualité à l'Assemblée nationale le 10 novembre "sur les conséquences, pour les budgets des collectivités territoriales, de la suppression annoncée de la taxe professionnelle et du foncier non bâti". Deux solutions : soit la question avait été formulée du temps où il était encore sous la casaque UMP et les huissiers sont vraiment pas des rapides, soit tout le monde se fiche de la vision nationale de notre homme politique local.
* Presse-Océan, le 16 novembre 2004.

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