La lettre à Lulu
Lulu 84 - mai 2014

Larukétanou. Rien à déclarer


Les parcours de manifs, sans déclaration en préfecture ? Un usage manifeste,
un préfet qui piétine les usages, des cortèges qui ne s’annoncent pas.


À Nantes, déclarer les manifs à l’avance n’est jamais passé dans les mœurs. Les préfets tentent régulièrement de casser cette persistance de vieux usages locaux. Le dernier en date, Christian de Lavernée, n’a pas fait exception, reprochant aux organisateurs de la manif du 22 février ce qui est pourtant une habitude locale. Des usages dont les origines restent floues. « En fait la préfecture avait accepté depuis bien longtemps le principe de non-déclaration comme une coutume. Peut être que ça l’arrange ? » se demande un militant.

Depuis 1935, le droit de manifestation n’est normalement soumis qu’à déclaration trois jours à l’avance, sans demande d’autorisation préalable. L’interdiction ne peut tomber que pour menace grave de trouble à l’ordre public. Ces dispositions ont été reconduites par la Loi de sécurité intérieure de 2003 : « Sont soumis à l’obligation d’une déclaration préalable tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d’une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique ». L’article de loi prévoit cependant une exception : « Toutefois, sont dispensées de cette déclaration les sorties sur la voie publique conformes aux usages locaux ». Cette dispense pourrait donc s’appliquer à Nantes, même si le texte semble plus voué aux inoffensifs corsos fleuris et aux rituels plus en odeurs de sainteté comme les cortèges de la fête-dieu qu’aux manifs politiques ou syndicales.

Le Centre d’histoire du travail n’a pas de source précise sur ce qui serait une exception nantaise. Apparemment, ne rien déclarer s’est transmis par tradition orale. Un comble.
Interroger des militants qui ont des années de cortèges sous les semelles, amène des réponses variées : « À Paris c’était le régime préfecture de Police, les parcours étaient déposés. Par ignorance des militants, et par tolérance des forces de l’ordre, ça ne s’est jamais fait, dans les villes de province » pense Pierre Jourdain. « En 68, les flics n’avaient pas nos parcours, même si les RG cherchaient toujours à savoir » rappelle Jean Breteau. « Celles et ceux qui insistaient sur cette "tradition" étaient toujours assez catégoriques : "On ne demande pas d’autorisation" et ont toujours demandé à ce qu’on préserve cet acquis. Ça a été dit par des étudiants, syndicalistes, antifascistes, antiracistes, antinucléaires, paysans... » note Philippe Coutant. Autre son de cloche : « Selon les bruits que j’ai entendus, cette tradition remonterait à Mai 68, mais je ne sais pas si c’est vrai. En tous cas, la plupart des manifs se sont déroulées sans négociation avec la préfecture », dit Henri Le Dem. Pour Serge Doussin, à la CGT depuis 1972, « les manifs, qu’elles soient organisées par un syndicat, une union locale ou
départementale, n’ont jamais fait l’objet d’une demande, ni d’une simple information en préfecture, à l’exception d’une manif en fin de soirée lors des manifestations pour le retrait du CIP. À l’époque, le commissaire chef de Waldeck-Rousseau nous a convoqués en préfecture, mais on a maintenu la manif. La puissance publique a plusieurs fois tenté de collecter des infos. Notre réponse fut toujours d’opposer un refus à ces sollicitations, et de perpétuer la pratique qui fut celle des précédentes directions de l’UD. Je pense cependant que nous devions faire exception dans le paysage national.
 »
« Au moment de la guerre d’Algérie, toutes les manifs étaient déclarées en préfecture » se remémore Gaby Parnet. Oui, mais c’étaient des temps de lois d’exception avec l’État d’urgence en 1955 douze mois, en 1958 , et en 1961 six mois. Ce qui pourrait indiquer une parenthèse à l’usage nantais. Rien ne dit que l’habitude ne soit pas antérieure, liée à la mort de Jean Rigollet tué le 19 août 1955 par une balle de CRS sur le cour des 50 Otages. « Déjà dans les années 60, je me souviens que c’était bien l’usage à Nantes que de ne pas donner le parcours des manifs pour autorisation à la préfecture, note Marc Grangiens. Je pense que cela remonte aux grèves "insurrectionnelles" du début des années 50, de la métallurgie nantaise, des Batignolles surtout et des Chantiers. » En l’absence de données historiques fiables, on n’a qu’à dire que ça existe depuis le crétacé. C’est assez ?

Fernand Pessoulier

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