La lettre à Lulu
Lulu 44 avril 2004

Le président Branellec disparaît dans un trou


Le numéro un du Medef a doublement failli. Failli dans son rôle d’entrepreneur, et failli se retrouver devant un tribunal.


Le président Branellec disparaît dans un trou
Ancien cadre chez Matra Harris, devenu directeur général adjoint de la Chambre de Commerce puis pédégé de R2N, une société de réparation navale nazairienne, Jean-Claude Branellec était numéro 1 du Medef. Son CV se décline désormais à l’imparfait.

En mars 2003, Jean-Claude Branellec signe un édito de combat dans Entreprises 44, le journal du Medef qu’il préside : “Le but de la vie, c’est la retraite”, titre le chef du patronat du coin pour prôner, bien sûr la remise à plat du système “de manière à ne pas laisser à nos enfants la gestion d’une faillite”. Le hic, c’est que ce bon Branellec a dû, un an plus tard, anticiper une retraite stratégique et précipitée de la présidence du Medef. Le numéro 1 du patronat est empêtré dans une sombre histoire qui mouille ses propres entreprises de réparation navale. Sa retraite éclair tourne à la déroute boueuse, genre Bérézina.

Péno dans la surface de réparation

Explication : à l’automne dernier, il vend la Sama-Sermi, une SARL de 30 salariés, concessionnaire de moteurs marins jusqu’à 500 cv, et R2N (Réparation navale nazairienne) qui emploie 60 salariés que le bon Branellec aimait appeler ses “commandos”. Transfuge de la Caisse d’Epargne, le repreneur, Maurice Gouézigoux découvre vite un trou financier estimé à 2,4 millions d’euros. Qui ne s’est pas fait en deux mois, commente-t-il, amer*. Branellec, qui a gardé quelques billes dans les sociétés, tout en demeurant salarié de R2N ( secrétaire général “chargé du développement commercial et du social”, précise-t-il sans rigoler), n’avait rien dit. Au dernier comité d’entreprise, Gouézigoux a exhibé un paquet de 4 cm de factures litigieuses, pour la plupart sans bon de commande. Pris au dépourvu et pourvu que ça se sache pas, le repreneur se retrouve devant le tribunal de commerce, le 18 février 2004, trois mois après son acquisition. Décision: Sama-Sermi est mise d’office en liquidation, avec trente salariés sur le carreau, et R2N est condamnée au redressement judiciaire, en sursis pour six mois. Les deux sociétés avaient pourtant du travail, des commandes. Pris d’un malaise, le bon Branellec s’est mis aussitôt en arrêt maladie qui dure, pour tester courageusement sur lui-même le but de sa vie, la retraite : il démissionne le lendemain de son siège au Medef, sans attendre le renouvellement du président, le 8 juin prochain. “Je n’étais plus chef d’entreprise mais salarié, confie-t-il. Et j’ai un litige de salaire avec mon successeur”. Le pauvre garçon.

Petits arrangements entre amis

Se reconnaissant “victime au même titre que les salariés”, Maurice Gouézigoux n’aime pas l’esclandre. Il décide de ne pas porter le pet devant la justice, et préfère parler de “désaccord”, de “litige personnel” et d’ “appréciation différente qui va se régler”, plutôt que de vulgaire contentieux, voire de ces mots qui fâchent qu’on prononce dans les cabinets d’avocats. “Régler ça à l’amiable ? Pas très moral…”, confie Serge Paulange qui a lui-même cédé la Sama-Sermi à Branellec il y a une dizaine d’années. Gouézigoux recherche donc un “accord global, arbitré par des experts et personnalités économiques, comme on traite de manière industrielle”. Pas de vague ni de procès en correctionnelle donc.
L’ancien numéro 1 du Medef a tout le temps de relire sa prose, notamment cette interview accordée au journal de la CCI** où, raide dans ses bottes, il fustige les salariés sans vertu ressassant leurs acquis : “On a droit aux congés, à la RTT, au travail. Mais pour qu’il y ait tout cela, il faut bien qu’il y ait des entreprises et des entrepreneurs. Et si elles ferment, il n’y a plus aucun droit”. Ses anciens salariés, chaudronniers, électriciens, mécaniciens apprécieront. Leur boss, qui sait faire rire dans les chaudières, pourra aussi consulter avec nostalgie la collection du journal du Medef paru sous son règne, notamment ce numéro de mai 2003 clamant à la une : “Ras le bol. Nous on travaille !”

* Ouest-France et Presse-Océan, le 19 février 2004.
** Plein Ouest n°105, décembre 2001.

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