La lettre à Lulu
Lulu 68 - avril 2010

Les aventures de Tétine. Ayrault et le gang des totoches


Le maire ne supporte pas ceux qui ne le supportent pas.


Ça devait être une réunion électorale pépère, ronronnante de bons sentiments.
Jean-Marc Ayrault apportait son soutien à Monique Rabin, obscure tête de liste des régionales en Loire-Atlantique, habituellement mairesse de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Comme on parlait de régionales, dix jours avant le premier tour, madame avait amené son diaporama, euh, power point, soyons résolument modernes. «On nous a parlé comme à des mômes de CM1, rapporte un témoin. Nantes est en Loire-Atlantique, Angers en Maine-et-Loire, et La Roche-sur-Yon, c'est où ? En Vendée ! Un cours de géo pour neuneus. Le pompon, c'est quand cette Madame Rabin nous a dit qu'il était possible de prévoir des cars, pour nous emmener à la plage!» Ce
discours infantilisant n'est pas une découverte pour un groupe au fond de la salle, qui sort des tétines et s'affiche en posture de grand bébés narquois. Le discours sur le mode du «J'accuse» de Zola fait nettement moins premier âge. «On n'est pas au théâtre, ici, s'énerve Ayrault en perdant son self-control: si je suis ici, c'est parce que je ne suis pas l'ami de Sarkozy. Ici, c'est la France. Ici c'est Nantes». Décidément, c'est l'obsession de la géographie, ce soir-là.

Ayrault traiteur

Puis Ayrault tente de discréditer ces impertinents suce-tétines, les traite de «menteurs», «dictateurs», «détenteurs du double discours». Le groupe des totoches qu'on suce est bien connu d'Ayrault et de son entourage. Militants associatifs des quartiers populaires, pour certains proches des ex-Jeunes musulmans de France, ils ont monté des actions dans les quartiers, mais récupéré des miettes, peut-être parce qu'ils ne sont pas récupérables. Rétifs à se faire cornaquer par les amis de l'éléphant. Ce que le maire relève comme un inadmissible refus des règles: «On vous donne des subventions!». C'est vrai, on doit dire merci et faire le beau. Explication. À Bellevue, près de 35% de la population a moins de 25 ans. L'échec scolaire y est plus inquiétant qu’ailleurs. La réussite éducative est donc ici un chantier permanent. Pour ce faire, Ayrault a cru bon jouer la carte JMF. Officieusement, le contrat oral (aujourd’hui caduc) disait ceci : des subventions et une vitrine en bonne place à la maison des habitants de Bellevue, en échange de quelques bonnes actions ciblées sur les fortes têtes du quartier. La paix sociale achetée au prix d'un accroc au principe de laïcité. Depuis, la rupture est consommée. Pour la réussite éducative, le maire a décidé de faire sans eux. D'où amertume et désamour.

Ils sont en fait un peu amers qu'on réclame la reconnaissance du ventre pour un millier d'euros par ci par là, quand une association comme Athénor perçoit 196 000 euros par an pour des actions qu'ils jugent confidentielles sur le quartier Bellevue: «On a vu Ayrault avant les municipales. Il s'est engagé sur plusieurs points. Deux ans après, rien. On n'a jamais pu ravoir un rendez-vous, lui dire ce qui n'allait pas dans les quartiers», expliquent-ils. Ils n'ont décroché que des rendez-vous avec des élus, ou le directeur des services, qui n'ont rien donné, hormis des remarques comme «Votre dialectique, on la connaît bien» ou «Vous parlez trop bien, ça cache quelque chose». À croire que l'Arabe de service ne doit être bon que pour le discours niveau CM1, pas plus. Sinon, il est douteux.

Ça se passait dans un quartier populaire, Bellevue, où Ayrault se revendique chez lui (c'est sa circonscription). Mais comme il s'est fait chahuter les dernières fois, il a emmené des cerbères, cinq gardes du corps. L'heure de la réunion a été avancée in extremis de 20 h 30 à 19 h, mais la salle est quand même pleine, ce qui fait penser que les invités sont bien en main, identifiés, joignables quand il faut par le PS qui organise la soirée. À dix jours du premier tour, pas de ramdam pour rameuter tout le monde, vous savez ces gens non triés, genre «on ne peut pas s’y fier.» Surtout pour pacifier.

Albert Canut

Politichiens sans colliers
Le soir-même des dernières municipales qui ont reconduit Ayrault, ce groupe a formé une association, dénommée Politiche, «un peu parce qu'on nous prend pour des potiches, et puis politiche, en italien, ça veut dire les politiques, non?» Leur slogan : «Jusqu'ici tout va mal». Ils disent aujourd'hui qu'ils se méfient autant d'«Ayrault qui essaye d'acheter tout le monde» que du «discours de victimisation». La discrimination positive, les plans banlieue et autre sollicitudes de façade, ils ne gobent plus. Ils veulent prendre part au jeu politique. Ils ont fait des débats publics avec Rachid Nekkaz, candidat aux présidentielles, avec un ancien de l'association nantaise Bien Jouer, avec l'adjoint au maire de La Courneuve chargé des politiques de la ville.

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