La lettre à Lulu
n°35 - déc

Les chantiers pris la main d’œuvre dans le sac


Les cocoricos régulièrement de sortie pour honorer l’excellence de la navale française sur le marché des paquebots vont devoir être traduits en langues étrangères.


Les chantiers pris la main d’œuvre dans le sac
Un fax invitant les sous-traitants des Chantiers de l’Atlantique à une réunion de travail a été intercepté par des syndicalistes. Il concerne un projet présenté sous le nom de code : «Montage exotique». Son texte, écrit en prose, est plein de poésie ultra-libérale : «Comme vous le savez, notre politique de réduction des coûts nous pousse en permanence à trouver des axes de progrès. Un de ces axes se nomme «Montage exotique», c’est-à-dire apport de main-d’œuvre en provenance de pays à faible coût. Nous avons identifié quelques pays, Maroc, Ukraine, Portugal, Émirats Arabes, etc… Qui ont la possibilité de fournir une main-d’œuvre qualifiée utilisable par les co-réalisateurs, verriers, serruriers, soudeurs inox, ou alu…» Puis l’invitation à une réunion de travail évoque les spécialités et effectifs recherchés par chaque sous-traitant, le type de contrat possible, et demande : «À partir de quel taux horaire ou journalier cette action est-elle intéressante ?» Certains syndicalistes ont ironisé méchamment : à quand les enfants ? Les Chantiers de l’Atlantique sont donc pris en flagrant délit d’entorse grave au chauvinisme en sollicitant les sous-traitants pour qu’ils importent des ouvriers au rabais. Venus de là où ça coûte pas cher. L’idée, ou plutôt son expression digne d’un mauvais dossier de fraude fiscale, un peu blague de cadre franchouillard, a fâché jusque dans les milieux patronaux : si les Chantiers veulent faire venir des étrangers, pourquoi ne pas le faire eux-mêmes ?

Patrons, apprenez au moins un truc : il ne faut pas laisser traîner ses papiers. Surtout quand de pénibles syndicalistes traînent aussi par là. Aux Chantiers de l’Atlantique, la CGT a donc intercepté un fax destiné à dix-huit entreprises sous-traitantes. En 2000, on avait déjà légitimé l’importation de métallos polonais pour manque de main-d’œuvre française. Le boum des commandes, le manque de bras de chez nous, vous comprenez… Cette fois, l’objectif est directement avoué, il faut réduire les coûts de production sur le dos des petites mains en allant chercher les prolos qui ont des tarifs convenables, c’est-à-dire pas français. (Petit rappel utile : l’ouvrier hexagonal a l’agaçante manie de vouloir être payé plus cher que son homologue des contrées moins bien loties). Des années après la traite des esclaves, voici le temps de la sous-traite des prolos.

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