La lettre à Lulu
n°26 - déc

Les flics s’amusent comme des folles


Un prévenu comparaît devant le tribunal correctionnel de Nantes pour attentat à la pudeur. Problème, il n’y a ni témoin, ni plainte. Juste quelques rois de la pédale, en patrouille.


Les flics s’amusent comme des folles
À la suite d’une vague déposition et à la seule initiative du parquet, on peut se retrouver au tribunal, en subir les conséquences personnelles et professionnelles, et se voir relaxer à la sauvette trois semaines plus tard.

Les faits remontent au début de l’été. De la Gournerie aux bords de l’Erdre, les sous-bois connaissent, aux beaux jours, un net regain de fréquentation. Pas toujours innocente. Les services de police, sans doute en mal d’activité, y ont organisé quelques descentes spectaculaires. Des patrouilles en VTT sont allés traquer dans les buissons ceux qui n’avaient rien à y faire.

<B>Un témoin bien employé</B>

«Vos papiers ! Que faites-vous ici ? On vous a vu vous exhiber... Veuillez nous suivre...» Lorsque le suspect se trouve être une personnalité du monde culturel nantais, l’affaire se corse : interrogatoire à Saint-Herblain, puis à Waldeck, avec menace de confrontation avec le témoin. Lequel s’est évanoui dans la nature et a curieusement négligé de porter plainte contre le dangereux pervers. Qu’à cela ne tienne, on cuisine le coupable et on informe illico son employeur, la mairie de Nantes. Ce qui vaut à l’intéressé d’être convoqué le lendemain et prestement invité à présenter sa démission, dont on ne faisait pas mystère, depuis plusieurs mois, qu’elle serait la bienvenue. Voilà un scandale qui tombe parfaitement à pic.
L’affaire devient un peu plus troublante lorsque l’invisible témoin des faits se révèle être un employé municipal de Nantes. Ses compétences professionnelles aux services des espaces verts ne justifiaient pas sa présence en fin d’après-midi dans les sous-bois de la Gournerie, qui dépend de Saint-Herblain, mais passons...

«On hésite entre Kafka et Jarry...» Pour l’avocate nantaise de l’homme des sous-bois, l’affaire n’est pas banale : «On devait juger un outrage mais il n’y avait pas d’outragé... Et on a développé autour de cette affaire un climat très malsain. Il n’y avait ni plainte, ni constitution de partie civile, simplement une vague déposition truffée d’approximations... Ce n’est pas tomber dans la paranoïa que de s’interroger, au-delà des faits reprochés, sur une possible instrumentalisation de la justice dans cette affaire.» Le «témoin» aurait-il été bien employé ? L’affaire, elle, s’est soldée par une relaxe le 23 novembre.

<B>Les gays tristes</B>

La Gournerie et le quartier des facs n’étaient pas les seuls endroits à être placés sous haute surveillance ces derniers mois. Moins bucoliques que les sous-bois, les vespasiennes étaient devenues des «pièges à pédés». Un fonctionnaire de police, bien fait de sa personne, faisait même office d’appât en planquant dans les «tasses» aux heures de pointe. Ce qui permettait de saisir en flag les coupables impudiques.
Dès le mois de juin, la recrudescence des descentes de flics et des contrôles d’identité sur les lieux de drague nantais avait suscité une certaine émotion dans la communauté homosexuelle. Le Comité lesbien et gay de Nantes était même intervenu, par courrier, auprès de Jean-Marc Ayrault pour s’assurer que ce harcèlement policier ne correspondait pas à un vœu de la mairie. Que non, que non, fut-il répondu, en indiquant au CLGN que la préfecture serait interrogée sur le sujet. La réponse semble tarder...

En fait, l’absence d’un directeur départemental des services de police au début de l’été pourrait expliquer cette montée de sève dans les commissariats herblinois et nantais. Quelques fonctionnaires auraient profité de cette vacance estivale pour montrer un zèle fort peu policé. Sans directive particulière, cette «chasse aux pédés» a permis, au passage, de contrôler et de ficher quelques dizaines d’individus qui savent, désormais, qu’ils n’ont qu’à bien se tenir. Sinon, c’est la cage.

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