La lettre à Lulu
Lulu 69 - juillet 2010

Les frustrés de Brétéché. Aux petits soins du personnel


La blancheur des blouses n’attend pas la longueur des années


Et ça réclame des hausses de salaire ! Les petites mains de Vedici sont ingrates envers qui les nourrit. Les Christiane, Sylvie et autre Annie crachent sur la bonté de leur employeur, la clinique nantaise Brétéché. Exemple avec cette agent de service, gratifiée pourtant d’un salaire net mensuel de 1 150 euros après vingt ans de présence, alors qu’elle ne sacrifie qu’un week-end sur quatre aux gardes. Sa collègue, aide-soignante, gagne même 1 310 euros après 25 ans de maison*. Elles sont pas croyables, ces prolotes qui cachent leurs bleus sous des blouses blanches : royalement rémunérés au-dessus du Smic (1 055 euros nets, base 35 heures) et toujours pas contentes de leur traitement. Elles pourraient avoir un peu de pudeur au moment où leurs cousins grecs
boivent la tasse sous le radeau ivre de l’Europe néolibérale. Surtout que leur patron actionnaire, le groupe Vedici, propriétaire des lieux depuis 2008, se saigne aux quatre veines pour «sauver des établissements en grande difficulté financière» avec « le sens du respect » pour seul souci. Et c’est parce qu’il a trop de respect pour le passé de la maison qu’il maintient le personnel au plus bas de la convention collective. Fort de cet esprit philanthropique, Vedi-ci est devenu en dix ans le cinquième acteur hospitalier privé en France (23 sites, 2 650 lits, 5 000 salariés, 280 millions d’euros de chiffre d’affaires). Avec Nantes en guise de place forte (cinq cliniques). Cet amour pour son patient émeut jusqu’au portefeuille des ténors de la culbute financière internationale : dans un fraternel pas de quatre entre gens de bonne famille, après vous je vous en prie, non je n’en ferai rien, les généreux fonds 3i et NI Partners viennent de remplacer au capital de Vedici leurs cousins siamois Apax et Altamir Amboise. L’assureur Axa conserve, lui, son couvert au tour de table et autour de la table. Les nouveaux convives apportent le dessert : 100 millions d’euros pour poursuivre « la stratégie de croissance externe » et sauver de la misère le monde médical. De leur côté, après quatre ans de présence au capital de Vedici et pour prix de leur désintéressement, Apax et Altamir Amboise empochent environ six fois leur mise initiale, soit un modeste gain de 80 millions d’euros. Pas de quoi fouetter une bactérie. La preuve que l’affaire rapporte des peccadilles : pour racheter les murs des cliniques, Vedici doit faire appel aux sous d’Icade, filiale de cette bonne mère qu’est la Caisse des dépôts : c’est que la pierre rapporte moins que le bistouri, surtout que l’évolution constante de la réglementation impose régulièrement de coûteuses remises aux normes des locaux. Alors, autant que ce soit la République qui les supporte afin de libérer des contingences matérielles le capitalisme qui a déjà assez à faire avec les tracas que suscite « la gestion des ressources humaines », a fortiori lorsque le petit personnel se fait revendicateur. Au point de dégoûter l’investisseur anglais 3i dont le directeur Marc Benatar dévoilait récemment s’intéresser aux hôpitaux français car « la production y est plus élevée et le personnel souvent moins bien payé qu’ailleurs »** ? Ce que contredit un peu la victoire des grévistes qui ont décroché une prime à la hausse, et la revalorisation de leur point d’ici 2013. Qui osera dire que ce système de santé soigne surtout les investisseurs ?

* Ouest-France, le 10 mai 2010
** www.healthcareeuropa.com

Lu 593 fois













La Lettre à Lulu : L'arbre aux hérons, tout un poème... #arbreauxherons #Nantes https://t.co/iUQmsOuJ88
Jeudi 17 Août - 12:09
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Conférence chez Jaune Turquoise entre passeurs de feu et chamanes ça coupe l'appétit, ça ignifuge… https://t.co/pm6B4yaalC
Jeudi 20 Juillet - 17:44
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Et la formation pour l'institut qui place les produits du sponsor, Oligosanté, c"est un arrangemen… https://t.co/OUbV5Ox4nW
Jeudi 20 Juillet - 17:06
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Un plan d'apurement, c'est avant le dépot de bilan, pas après. Ou alors c'est de l'apurement post mortem. Original.
Jeudi 20 Juillet - 17:03
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN On parle pas d'il y a 14 ans. C'est pas d'l'archéologie. C'est une appellation cadrée par la loi.
Jeudi 20 Juillet - 17:01