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Lulu 58 - décembre 2007

Les monologues du sauvageon. Une affaire de terrorisme yaourtier


Un enfant perd les pétales, l'autre patine dans le yaourt, le troisième rien. Une des grosses affaires criminelles de l'été dernier.


Les monologues du sauvageon. Une affaire de terrorisme yaourtier
C'était la fin du printemps.
"Allo ? Commissariat de Rezé. Je vous appelle pour votre fils". Le cœur de la maman se liquéfie. Il a dû arriver quelque chose de très grave. De vital peut-être.

Au téléphone, le préposé ne lâche que quelques maigres explications. Le fiston de 12 ans vient de se faire ramasser avec deux autres copains de son âge pour "jet de projectiles sur une voiture". Et donc zou, tout le petit monde au poste. Le ventre noué, sans savoir ce qui s'est passé, s'il y a eu des blessés, la mère fonce au commissariat pour retrouver son enfant, manifestement dans un sale pétrin. L'agent de police judiciaire responsable de l'interrogatoire pointe du doigt un des sauvageons: "Donc toi, tu dis que tu n'as rien jeté, mais que c'est ton copain qui a jeté un pot de yaourt en plastique vide sur une voiture". Gloups. La mère s'étrangle. Les gamins n'ont quand même pas été conduits au poste pour ça. En fait, il y a plus grave. Le doigt d'un des pieds nickelés se lève, comme à l'école. L'infâme se dénonce enfin :
"Moi aussi j'ai jeté quelque chose : des pétales de fleurs". Pétales de fleur, un pot de yaourt à boire, en plastique, vide. Le troisième n'a rien jeté du tout. On craignait un remake de Scarface et on se retrouve dans un happening yaourt-flower-power version junior.

Bilan : ni plainte, ni dégradation, ni victime. Pas de suite au procès-verbal du jeteur de pétales. Côté finances publiques, l'équation reste à faire : 25 minutes au bas mot pour chaque audition, multiplié par trois PV. Pas de trace pour les parents priés de laisser sur place le PV signé en trois exemplaires. Pour les dégâts psychologiques, on verra plus tard. Comment calculer l'impact d'une fouille au corps, de l'excursion en panier à salade et de l'interrogatoire ? Pour la police en revanche, c'est jackpot ! Trois mineurs, interpellés pour dégradations volontaires de biens privés, en réunion, avec une arrestation illico presto et une résolution immédiate de l'affaire, ça, c'est du lourd ! Et statistiquement parlant imparable dans le créneau toujours porteur du mineur délinquant. Éradiquer le crime? On state.

Octavie D. ptit bras

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