La lettre à Lulu
n°36 - fév

Les tontons plombeurs en font des tonnes


Sous prétexte de fonder une école pour les candidats au permis de plomber, la fédération des chasseurs a ouvert un ball-trap géant. Pull !


Les tontons plombeurs en font des tonnes
Les chasseurs ont la farce encore plus facile que la gâchette. Ils claironnent la création d’un «centre sportif cynégétique» près de Vioreau, pour former les jeunes candidats au permis, et ils sortent aussitôt, comme un lapin jailli du chapeau, un pétaradant petit commerce de ball-trap bénéficiant de grasses subventions.

Officiellement, les chasseurs entendent respecter la Loi Voynet-pourtant tant honnie par les mêmes tontons flingueurs- en créant une école de tir, pour la formation en un jour des candidats au permis de chasse. Sécurité, pédagogie, plaident-ils la fleur au fusil. En fait, ce centre de formation s’est dès le premier jour essentiellement résumé à un stand de tir au pigeon d’argile. Six euros les 25 assiettes, plus les cartouches. Pull !

Pompeusement baptisé «espace chasse» par ses promoteurs, ce ball-trap a d’abord voulu s’implanter à Vay. Les élus de la commune ont alors rendu visite à trois installations du même type en Charente-Maritime et en région Centre. Édifiés, ils ont jugé inutile de faire réaliser des études d’impact et ont envoyé les chasseurs se faire voir ailleurs. Ailleurs est devenu Joué-sur-Erdre. Là, pas plus d’étude d’impact. On ne va pas fâcher les chasseurs, accueillis à bras ouverts. Pull !

Le centre s’est ouvert en septembre dernier avec un sacré raffut dans le Bois des Ventes. Tout prêt du lac de Vioreau, base de loisirs que le Comité départemental du tourisme présente comme un «poumon vert». Le poumon a du plomb dans l’aile, depuis que la fédération des chasseurs de Loire-Inférieure a bénéficié d’une subvention de 182 938 euros (1,2 MF) du Conseil général et autant du Conseil régional. Pull ! L’aide du Conseil général a été votée in extremis en mars 2001, lors de la dernière session, quinze jours avant les élections qui risquaient de faire basculer le département à gauche. À la Région, la subvention a été inscrite au titre des «projets divers» du «développement agricole». Un ball-trap au secours de l’exode rural, en somme. Les chasseurs se sont donc payé les 132 hectares en espérant compléter leur budget de près de neuf millions et demi de francs grâce à des aides européennes. Le financement, méthode chasseur de primes. Pull !

<B>Sangliers dépecés</B>

Autour de ces stands de tir aux pigeons d’argile, l’aménagement est sommaire : deux mobile homes et une baraque, 25 catapultes à ressorts, avec 300 plateaux d’argile sur chaque. Il y a aussi cinquante miradors pour tirer le sanglier. Vingt samedis par an, une bonne vingtaine de chasseurs s’y essaye au grand gibier, et repart le soir avec un ou deux sangliers dépecés dans le coffre. Âmes sensibles, ne lisez pas ce qui suit : certains voisins disent avoir vu des marcassins pas très vifs se faire bouffer tout cru le long du grillage par la meute des chiens. Cœurs sensibles, vous pouvez reprendre la lecture en vous bouchant cette fois les tympans. Le terrain inclut aussi un stand de tir «au sanglier roulant» pour les carabines qui font un potin d’enfer, bien plus que les classiques fusils de chasse, déjà pas très discrets.

<B>79 tonnes de plomb par an</B>

N’ayant pas droit de faire acte de commerce, la fédération des chasseurs a confié la gestion de ce bazar à cartouches à un de ses administrateurs, Jean-Yves Guihard, qui a monté une SARL de restauration rapide sur place, «Le plateau volant», et à une association créée pour la circonstance, «Le Tir au vol de l’Ouest», présidée par un conseiller régional à gâchette, Jean-Luc Delmas, élu Chasse Pêche Nature Tradition, qui fidèle au cliché, se démène pour récupérer une licence IV et servir de l’alcool, histoire d’amener un peu de savoir-vivre dans ce monde de brutes. Ces tirauvoleurs associés louent les terrains à la fédé des chasseurs contre une redevance de quelque 800 euros. Le même Delmas a avoué un record actuel de 1 500 coups tirés en deux heures. Soit douze coups et des poussières de poudre à la minute. Les riverains, eux, ont fait leurs comptage, plutôt autour de trente coups la minute. Avec quatre jours d’ouverture par semaine, jours fériés inclus, mais sans compter les concours, nocturnes et championnats de «compact sporting» annoncés, ça ferait déjà près de deux millions de déflagrations par an, soit une pluie annuelle de 79 tonnes de plomb en ce coin de nature. «C’est un calcul purement théorique. Il y a des pauses fréquentes entre les moments les plus denses», dit Jean-Luc Delmas.

Les opposants craignent déjà l’écoulement des eaux de pluie chargées de plomb dans l’étang des Ventes communiquant avec celui de Vioreau, qui alimente le Canal de Nantes à Brest et l’Erdre. De quoi s’inquiéter en rapprochant ça des cas de saturnisme de cinq vaches calanchées début février à Val-d’Izé*, en Ille-et-Vilaine : on a alors retrouvé un à deux kilos de plombs de chasse broutés par les ruminants dans les prés auprès d’un ball-trap, qui a depuis dû cesser toute activité. «Ici pas de problème, dit Jean-Luc Delmas, le plomb ne sort pas des 10 ha consacrés au tir. Il ne va pas sauter les caniveaux !»

A Joué-sur-Erdre, les propriétaires de gîtes ruraux, vantés et agréés pour leur cadre paisible vont avoir du mal à garder leur calme. Regroupés en association de défense contre les nuisances, les opposants locaux et riverains concernés, où figurent quelques chasseurs écœurés par tant de barouf, réclament une insonorisation des postes de tir par la construction de bunkers anti-bruit ou l’utilisation de fusils à silencieux, dits de «swin trap» : les chasseurs n’en veulent pas, il leur faut défourailler avec leurs propres fusils. Jean-Luc Delmas reconnaît que les étangs peuvent faire réverbérer le bruit, «par vent d’ouest, de nord et de nord-ouest» et que deux murs anti-bruit seraient pourtant à l’étude. Mais le plus grave, c’est qu’avec un tel carnage permanent de pigeons, même d’argile, les rondelles volantes vont être décrétées espèce en voie de disparition. Pull !

<I>* Ouest-France, 13 février 2002</I>

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