La lettre à Lulu
Lulu 56 - mai 2007

Looping loupé. Titube à essai


Pour sauver l'aérodrome baulois plein de trous récurrents, un projet-pilote cloué au sol.


Capitale de la jet set de Loire-Inférieure et autres départements affiliés, La Baule se doit d'avoir un aérodrome digne de ce nom. Pour que les jets privés des VIP atterrissassent subséquemment et à qui mieux mieux. Un must pour la clientèle des palaces de la chaîne Barrière. Faute de mieux, La Baule aligne donc 950 m de piste pour les coucous du beau linge. Il ne reste qu'une piste, la seconde est fermée, désaffectée depuis 1999.

Depuis le deuxième trimestre 2000, l'exploitation de l'aéroport est passée du syndicat intercommunal La Baule-Le Pouliguen-Pornichet à la chambre de commerce de Saint-Nazaire. Mais, bonne fille, le syndicat intermachin a gardé à sa charge le personnel et paye les impôts fonciers à la place de la CCI. Malgré cet arrangement-cadeau, malgré les hausses des tarifs de 13 à 17 %, malgré des taxes d'atterrissage les plus chères de l'Ouest, la piste à coucous de La Baule est le plus souvent en déficit. Les magistrats des comptes épinglent pourtant des tarifs trop bas «au regard du coût de l'heure de vol d'un avion fréquentant l'aéroport qui est proche de 75 euros de l'heure pour un Cessna 150 (monomoteur biplace) et de 120 euros de l'heure pour un Robin (monomoteur quatre places)», ajoutant le coût des visites de sécurité annuelles, variant de 5000 à 10 000 euros par aéronef. Parce qu'attention, un avion privé, ça zingue ! Alors ça peut bien payer pour poser pneu à terre.

Pour tenter de faire fructifier ce pénible aérodrome, une idée de génie : un projet de village aéronautique est dans l'air. Dans l'air seulement, mais depuis 1999 quand même. On a quand même déjà dépensé 71 650 euros d'études de faisabilité et élaboré un cahier des charges d'un lotissement. Complication : l'un des trois associés, la commune de Pornichet, est contre ce projet qui prévoit une dizaine, voire une quinzaine de maisons avec garage pour garder au chaud son coucou à demeure. Il faut ajouter des routes entre la porte du garage à zingue et le terrain de jeu des mouettes, et vole la galère. La chambre des comptes trouve le projet hasardeux. Étant donné le risque financier que la communauté d'agglo ne peut assumer, on a cherché un promoteur privé pour lui refiler le bébé. Pour 4,1 millions d'euros, la société Nexity achèterait la portion de plancher des vaches nécessaire. Mais il y a quelques problèmes : cette création pourrait bien être en contradiction avec les règles et plans d'urbanisme, mais aussi avec le très officiel plan d'exposition au bruit qui «interdirait la construction de nouvelles unités d'habitation dans la zone concernée». Chez Nexity Foncier Conseil, on la joue zen: «Ce sont des contraintes, pas de obstacles. Un plan local d'urbanisme, ça se modifie. Et question bruit, on en a déjà, puisqu'il y a une piste à côté». Officiellement, le projet est déclaré en stand by et les élections servent à expliquer cette urgence à attendre de quel côté tourne le vent. On pourrait envisager de proposer des tentes à la place des maisons. Le droit au logement opposable aux avions de loisir.

Louis Blaireau

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