La lettre à Lulu
Lulu 54 novembre 2006

Magasogine. Louboutin harcelé par ses ex-femmes


Les petites mains de son magazine féminin l'ont collé aux prud'hommes. Louboutin s'y fait crêper le chignon. Un coup à le faire virer misogyne.


Magnat de la presse des quartiers rupins, Citizen Louboutin ne s'est pas montré aux prud'hommes le 13 septembre dernier. Il y était question de contrat de travail, de travail dissimulé, d'arriérés, de droits d'auteur et de régularisation. Billevées que tout cela. Hervé Louboutin a lancé en 2003 Nantes Femmes, un attrape pub en quadrichromie. Un magazine qui comme son nom l'indique a été concocté et lancé par des femmes. Qui ont eu l'envie horriblement triviale de savoir comment elles allaient être payées par leur employeur. «Le Nouvel Ouest est un habitué du genre. Ce n'est pas par hasard qu'on n'y rédige pas de contrat», dit Me Gontier qui défend les deux grugées. Louboutin ne signe pas de contrat, il promet. Faut dire, le magazine est prometteur: le patron du journal le répète après chaque parution. Régulariser, signer un contrat, délivrer des bulletins de salaire? «On verra ça plus tard, en fonction de l'évolution du magazine». Il faut confirmer les ventes, les recettes de pub.

Un an à ce régime, la photographe et la journaliste en ont eu marre d'attendre la régularisation, mais aussi la paie qui s'accorde jusqu'à trois mois de retard. Louboutin considère alors que la photographe et la journaliste travaillent sous le statut de correspondantes locales de presse qu'elles auraient implicitement accepté. Ce qui ferait de leur boulot au trimestriel un simple complément de revenu, job à leur compte et pas du tout salarié. C'est en fait leur activité principale. Mais il n'y a ni déclaration d'embauche, ni contrat, ni bulletin de salaire. «Elles ont consenti à adhérer à ce statut de correspondant en connaissance de cause, puisqu'il s'est passé un an sans contestation. Il s'agit de prestations réglées en honoraires», dit l'avocat angevin de Louboutin, Me Cianferani, qui évoque un «bug de raisonnement» dans la revendication. Un an sans broncher? Et pour cause: on leur a régulièrement assuré que la situation allait se décanter, permettant de les salarier normalement. Ça les a fait patienter. Pendant ce temps-là, le frétillant patron de presse a dupliqué sa recette, lançant Rennes Femmes et Angers Femmes. Histoire de pas forcer sur la dépense, les temps sont durs que voulez-vous, il a repris une partie des mêmes textes et photos (les reportages les moins marqués nantais) pour ces déclinaisons en villes voisines. Sans débourser un centime. Sans se préoccuper des droits d'auteur et autres mesquineries. Louboutin saura le 29 novembre s'il est condamné ou pas pour ces deux insatisfaites. Le même jour, son ancienne rédac chef qui prétend que le licenciement est abusif obtiendra son jugement. Ces péronnelles sont d'un prétentieux ! Louboutin a décidé: son prochain magazine s'appellera Nantes personnes. Et sera écrit automatiquement par un logiciel.

Edwige Feuilletons

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