La lettre à Lulu
Lulu 71 - décembre 2010

Mise à sac. L’hosto à flux tendu


Faut pas traîner à clamser, y’a un hôpital à faire tourner.


Mise à sac. L’hosto à flux tendu
La vie finit parfois en cul-de-sac. Ou alors juste en sacs. Pierre Paisant se demande si la fin de vie de sa mère ne relève pas de la maltraitance. Sa mère est décédée à l’hôpital d’Ancenis en janvier dernier. Juste après un article de la presse locale* citant le directeur qui annonçait fièrement : «Tous les services ont tourné à plein régime». La satisfaction du gestionnaire devant sa machinerie ronronnante a tourné au plein crève-cœur pour Pierre Paisant. Sa mère est à quelques heures de sa fin. «Une infirmière insistante m’arrache à son chevet pour me réclamer des papiers, pour organiser le «transport» de son corps avant même sa mort». Suivra l’empressement pour nettoyer la chambre alors que le corps de sa mère git encore sur le lit. Forte odeur d’antiseptique. Trois sacs au pied du lit. Trois méchants sacs poubelle pour les effets de sa mère : vêtement propres d’un côté, chemise de nuit et chemise de corps en bouchon de l’autre, ce qu’elle portait aux derniers instants, et un fatras de magazines et des pâtes de fruits, dernier menus plaisirs que son fils lui portait, rabaissés au rang de déchets par un genre de tri sélectif. Trois sacs poubelle. Le nettoyage opérationnel n’a pas le temps d’attendre un rituel funéraire. «Ce qui semble correspondre à un protocole hygiéniste se lit comme une dépersonnalisation. Il dit un mépris non seulement de la personne ou de ses proches, mais d’une certaine idée de la vie ensemble, pou ne pas dire de la civilisation. Avoir agi ainsi avec les derniers objets l’ayant entourée est insultant», écrit son fils au directeur de l’hosto. Directeur qui réplique : «Vous persistez à mettre en avant la symbolique négative des sacs poubelles» dont il admet pourtant la présence «inappropriée», en ajoutant sur un ton culpabilisant : «Nous recherchons d’autres formes de contenants destinés à recueillir des effets personnels du défunt lorsque la famille n’est pas en mesure de le proposer».

La même obsession de faire vite place nette anime les médecins. Le plein régime ne supporte pas d’inertie. L’un a engueulé le fils de ne pas avoir inscrit sa mère en maison de retraite (ce qu’il a pourtant fait), ponctué d’un «J’ai un service à faire tourner, moi !», l’autre lui demande : «Qu’allons nous faire de ce corps si maigre ?» comme si sa mère était déjà une chose, un paquet encombrant et menace de l’envoyer « de l’autre côté d’Angers », loin de ses proches, comme une punition. Les demandes d’explications ne donnent pas grand chose. Pierre Paisant entendra : «Je suis attaché au service public sans doute plus que personne», ou «Je ne vous laisserai pas dire qu’on est dans un goulag» ou pire : «Vous allez continuer à souffrir encore un moment, et ça ne sera pas à cause de nous». Meurtri, tenace, il lui faudra attendre pour obtenir, neuf mois plus tard, des excuses des deux médecins, lors d’un «entretien de conciliation» dans un bureau de l’Ordre des médecins. Ce qui reste de l’ordre du pansement.

Qui ne colle pas.

Emma Cabet
* L’Écho d’Ancenis, le 14 janvier 2010

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