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Lulu 46 novembre 2004

Mur réflexion. L’agent n’a pas d’odeur



Mur réflexion. L’agent n’a pas d’odeur
Fatiha habite dans un logement un peu moisi. Quand elle a loué ce une pièce-cuisine en rez-de-chaussée rue des Roses, les papiers peints sont tout frais posés, et les odeurs d’eau de javel masquent des remugles plus nauséabonds qui ne tardent pas à réenvahir la pièce. Les murs sont bullés d’humidité et de taches de moisissure noirâtre. Pour les travaux d’assainissement, le proprio ne veut rien savoir. Quand Fatiha requiert un contrôle des inspecteurs municipaux de la salubrité publique, tout se passe normalement la première fois, le rapport des agents contraignant le proprio à faire des travaux d’urgence. Mais seule une petite part sera exécutée, et l’humidité demeure. Fatiha demande un second contrôle. Là, le ton change : “Je ne sais pas si ce sont des infiltrations extérieures ou votre façon de vivre, dit un inspecteur. Dans mon métier, je rencontre des Africains, des Arabes. Ils vivent à dix dans une pièce, calfeutrent toutes les bouches d’aération et cuisinent à la vapeur : ça provoque une condensation énorme. D’où le problème que vous avez”. Ebahie par tant d’insanités, Fatiha fait remarquer qu’elle est en France depuis 40 ans, qu’elle vit ici seule avec sa fille, et que si elle cuisinait ainsi, tous les murs seraient imbibés. Or l’humidité se concentre près de la fenêtre. “Je ne suis pas là pour voir comment vous vivez”, lâche le fonctionnaire, la prenant de haut. Fatiha, qui n’est pas du genre à jeter l’agent par les fenêtres, a porté plainte pour propos racistes. L’affaire a été classée sans suite. La justice n’est pas là pour voir comme se font les cours de salubrité publique au faciès et à domicile.

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