La lettre à Lulu
Lulu 72 - avril 2011

Nantes, capitale de la verte embrouille


Trophée, label, gloriole : Nantes Capitale verte. En planquant soigneusement sa complicité dans le projet d’aéroport.


Comment Nantes a-t-elle pu décrocher le trophée « capitale verte » 2013 ?
C’était à l’automne. Les feuilles mortes rivalisaient avec les sanglots longs des violons. L’élu Vert Ronan Dantec a mis un mouchoir sur son opposition au projet d’aéroport. Il est là avec Jean-Marc Ayrault l’écolo-productiviste* pour vanter sa ville. La commission européenne a choisi Nantes en retenant les critères mis en avant : le tramway et le vélo, l’anecdotique jardin des pollens à allergies du Jardin des plantes, la gestion de l’eau de Loire et de l’Erdre, un plan pour réduire les émission de CO2 d’ici 2020 et « la présence de nombreuses zones Natura 2000 et d’autres périmètres de conservation de la nature aux abords de la ville». Ces deux derniers arguments font dans le genre Pinocchio, si on recoupe avec l’impact de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Consulter sur le site de la Commission européenne la présentation faite par les truqueurs de Nantes Métropole devant le jury est plein d’enseignements.

La plupart des cartes intègrent zones humides et zones agricoles, «supports à circuits courts», en s’arrêtant soigneusement à la limite de l’agglomération. Intitulée «Valoriser l’environnement et le cadre de vie pour tous», une carte, une seule, ouvre sur tout l’estuaire, figurant anonymement l’emplacement où est projeté l’aéroport, mais sans le désigner comme tel : il n’aurait pas fallu effrayer la commission européenne.

Autour de la discrète tache couleur sable, convergent de grosses flèches vertes. C’est quoi ? La légende l’indique : «Préserver la biodiversité : assurer les continuités écologiques». Carrément. Ces flèches vertes buttent étrangement sur la tache jaune de l’emprise du projet de Notre-Dame-des-Landes. Et autour de ce ballon bien dégonflé, la carte s’est teintée en joli jaune bouton d’or. La légende donne la traduction : «maintien des coupures vertes agricoles». Alors qu’on va justement ratiboiser ces espaces paysans. Le label capitale verte a donc été obtenu en gribouillant une carte au crayon de couleur. Autrement dit, en bluffant sur le maintien d’espaces naturels, alors qu’on va voler 2 000 hectares à l’agriculture et bétonner les accès, bretelles de voie express, barreau autoroutier et ponts de franchissement.

Moralité : les Tartuffes prennent les gens pour des truffes.

* Le Nouvel Observateur, 10 novembre 2010

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