La lettre à Lulu
Lulu 92 - mai 2016

Ni Tromelin ni trop peu. Le château planque l’or noir sous les Noirs


L’esclavage sert à tout, à draguer le tourisme à Nantes ou à s’approprier du pétrole à 9 300 km de là.


Ni Tromelin ni trop peu. Le château planque l’or noir sous les Noirs
Quelques poignées d’esclaves noirs abandonnés ont été retrouvés au Château des Ducs de Bretagne. On les a exposés six mois et demi, jusqu’à fin avril 2016. Cette exhibition de captifs voués à l’esclavage s’ancre sur la mémoire du navire L’Utile, échoué en 1760 sur l’île de Sable, un îlot paumé au large de Madagascar, aujourd’hui renommé Tromelin. Mais pour le rapport avec Nantes et la choucroute, pas évident. Le rafiot est construit et armé à Bayonne pour la Compagnie des Indes Orientales, qui a son siège à Lorient. Alors pourquoi cette expo échouée à Nantes ? Même mal géolocalisée, elle est portée par des intérêts géostratégiques lointains*. La fameuse dignité de la mémoire nantaise de l’esclavage sert de prétexte, submergée, presque instrumentalisée par des considérations très terre à terre (ou mer à mer) liées à la prospection pétrolière, accessoirement à la pêche industrielle. On est bien loin de Nantes. Après tout, Jean Blaise revendiquait bien un « monument dispersé » pour parer à la faiblesse nantaise en patrimoine emblématique : on pourrait pareillement convoquer des traces de mémoire éparses, même imaginaires.

C’est à nous, d’abord !

Les estimations des experts en hydrocarbures subodorent entre six et 12 milliards de barils de pétrole et de trois à cinq milliards de m3 de gaz à extraire dans ce secteur dit « canal du Mozambique » où surnage Tromelin. Modeste récif émergeant à près de 500 km de la terre la plus proche, Tromelin s’étale sur un petit kilomètre carré mais vaut en fait 285 000 km2 de ZEE, Zone économique exclusive.

Raviver le trace d’une présence française il y a deux siècles et demi sur un confetti des Îles Éparses tombe à pic, ces quelques terres flottantes faisant l’objet d’âpres revendications par Madagascar, les Comores et Maurice qui disputent à la France, non pas les seules îles, mais la vaste zone et les ressources qui entourent ces atolls à fleur d’eau. Avant l’indépendance de Madagascar en 1960, les Éparses en dépendaient directement. En 1979 et 1980, l’ONU a sommé la France de les restituer à Madagascar. Et alors ? Rien du tout. « En 2005, les îles sont placées sous l’autorité des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), qui ont la particularité d’être en dehors de l’Union européenne et permettent à la France d’y jouer sa partition en solo »**, soulignent les écolos qui dévoilent les intérêts pétroliers de la zone.

Riquiqui mais maousse pétrolo

Le 5 octobre 2009, un colloque au Sénat sur les îles Éparses a utilisé Tromelin pour replanter fermement le pavillon tricolore sur l’Océan indien. Jérôme Bignon, sénateur de la Somme, réclame un « petit mémorial » sur Tromelin, symbole de « l’attachement de la communauté française » à cette terre si précieuse « ne serait-ce que pour rappeler ce qui s’est passé et qui mérite le respect de la communauté française qui montre bien que l’Ile des Sables était bien française ».
Pour les juristes, il y a un hic à Tromelin, comme le note Jean-Paul Pancracio, prof de droit maritime à l’Université de Poitiers, « cette zone économique exclusive est bel et bien illicite en droit international comme toutes celles que la France a déclarées et tracées autour des autres îles Éparses de l’océan Indien. L’article 121 de la convention de Montego Bay sur le droit de la mer précise que "les rochers qui ne se prêtent pas à l’habitation humaine ou à une vie économique propre n’ont pas de zone économique exclusive ni de plateau continental" ».

Responsable du projet archéologique à Tromelin, Max Guérout aimerait « que le travail scientifique et historique soit au-dessus des problèmes diplomatiques. Essayons de mettre un frein à toutes ces revendications. Mon souhait est que nous arrivions un jour à débarrasser la recherche de ces aléas contraignants et que celle-ci soit au-dessus du tumulte des actions politiques. On n’en a pas été l’instrument des revendications, mais plutôt victime ».

Dans sa version légère, l’expo espère aller à Maurice, mais il y a un problème : la convention de cogestion économique, scientifique et environnementale entre la France et Maurice pour Tromelin, signée en 2010, n’a jamais été ratifiée par la France. Lors du débat parlementaire qui a suivi, un député avait parlé de « cession de territoire pure et simple au profit d’une puissance étrangère. ». Tout Malgache ou Mauricien approchant du château des ducs sera arraisonné irraisonnablement.

Olivier Prété-Grouneuilloux

* Des fouilles archéologiques menées jusqu’en 2013, est sorti un bouquin au CNRS, une BD aux éditions Dupuis, un docu de 52 minutes, et l’expo nantaise qui doit porter la bonne parole dans le monde entier...
* « Pétrole ou biodiversité ? Géostratégie de la France dans le Canal du Mozambique », note de la commission transnationale d’Europe Écologie Les Verts, 3 août 2012.

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