La lettre à Lulu
Lulu 86-87 - novembre 2014

On touche les fonds. Montoir-Gijón : l’autoroute de l’amer


Quatre ans de ronds dans l’eau et puis s’en vont. Ainsi font font font, les petites camionnettes, les bagnolettes et les poids-lourdingues.


Après quatre années flottantes, la liaison maritime régulière entre Montoir-de-Bretagne et Gijón a été suspendue. Et les lignes Gijón-Montoir-Rosslare, en Irlande, lancées en début d’année, ainsi que deux autres lignes Espagne-Irlande sont en train de sombrer. LD Lines, filiale du groupe de l’armateur Louis Dreyfus qui exploite la ligne, a mis fin aux traversées fin septembre, en espérant une bouée de sauvetage des États français et espagnol, et de Marco Polo, programme européen finançant des alternatives au transport routier. Au placard donc les deux navires rouliers, et gros pschiit pour les 34 millions d’euros d’argent public investis dans cette « autoroute de la mer » mal nommée (ouverte que trois jours par semaine), censée désengorger le trafic routier. Oubliée, la promesse claironnée à l’inauguration d’une liaison « plus rapide, plus écologique et moins chère » que le bon vieux bitume. Argument principal de l’armateur : pas rentable par rapport à la route, et pas les reins assez solides face aux autres concurrents navigants, comme la Brittany Ferries, qui multiplient les ponts entre le Royaume-Uni et la péninsule ibérique. Malgré un taux de remplissage de 72 %, Antoine Person, secrétaire général de LD Lines, affirme « perdre six millions d’euros par an rien que sur la ligne Montoir-Gijón ». Du fric foutu en l’air, ou à l’eau. Pourtant « l’avantage est réel pour les trajets supérieurs à 1 000 km, sur lesquels il faut loger et nourrir les chauffeurs » de poids-lourds, disait en début d’année Christophe Santoni, le directeur commercial de la société. Cet argument économique et « l’exemplarité écologique » prônés par les élus locaux n’ont pas pesé bien lourd.

Accessoirement, le cumul annuel des salaires des joueurs du club de foot de Marseille, propriété de madame Louis-Dreyfus, tourne autour des 34 millions d’euros, autant que ce qu’a touché LD lines depuis 2010 pour ces ronds dans l’eau.
Au jeu toujours un peu cruel de « combien ça coûte ? », un aller simple à 317 euros (tarif été 2014) pour deux personnes et leur tuture bénéficiait de 135  euros de subvention. D’après l’armateur, malgré 50 000 passagers en 2013, 20 000 camions et 45 000 voitures, la ligne n’est pas rentable sans subventions, sauf à en augmenter le tarif de 60 %. La compagnie Suardiaz Atlantica envisage pourtant de lancer une ligne Vigo-Montoir pour la fin de l’année… et attend de voir quelles subventions on lui propose. Sinon, on se demande à quoi servirait le poste 4 du terminal roulier réalisé en 2009 et d’un coût de 16 millions d’euros financé notamment par l’Europe et les collectivités. On pourrait toujours jumeler cette ligne avec un autre ? La ligne Maginot, par exemple.

Donald Dock

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