La lettre à Lulu
Lulu 56 - mai 2007

Oui-Oui s'envoie en l'air. Décolle pas, j'avions une belle piste


L'aéromachin d'Ancenis n'est ni un port ni un drome. Juste un trou à subventions. Comme disait l'autre, la propriété, c'est le vol.


Oui-Oui s'envoie en l'air. Décolle pas, j'avions une belle piste
Une tour de contrôle haute comme trois pommes, un bout de hangar genre hagard de 1200 m2, une pistouille de 1200 m, des bureaux aux airs d'algécos fixes. Voilà les seuls airs que peut se donner le grand aéroport de poche d'Ancenis*. Le dernier rapport de la chambre régionale des comptes le confirme : l'Aéropole d'Ancenis, c'est la cata.

En 1996, on établit le piste de douze cents mètres. Un succès sur toute la ligne: personne ne s'y est posé. Pas la moindre compagnie intéressée, pas de ligne régulière, même en pointillé. L'aérodrome est alors classé en catégorie 1 pour une durée de vingt ans, ce qui permet, note le rapport, «de faire décoller et d'atterrir exclusivement des avions dits “basés“, c'est-à-dire sous la responsabilité de pilotes connaissant la piste et ses environs immédiats». Les aviateurs des faubourgs nord d'Ancenis, en somme. Les parts de marché finissent en miettes au ras des paquerettes.

Fausse piste
De 1994 à 2003, l'Aéropole a englouti 7,1 millions d'euros, dont 5 millions directement pour l'aérodrome. Après la folie des grandeurs, la fuite en avant. Tant d'argent investi que le fiasco est inadmissible. Impossible de débrancher la perfusion d'un équipement mort-né. Arrêter les frais ? Quelques élus du cru l'évoquent quand même, sans trop y croire. Alors, pour capter les avions d'affaires, les coucous à biznessmen, les fuyards en avant imposent de rajouter au pot 3,1 millions d'euros. Histoire d'allonger la piste de 400 m, de l'élargir pour la passer à 30 m et d'installer un système permettant aux zingues de naviguer aux instruments. Comme ça, on pourra s'envoler et atterrir à Ancenis-city, jour et nuit par tous les temps. Un rêve. Faudrait bien un jour que ce qui est dénommé «aéroport de service et de proximité» soit effectivement «ouvert au trafic international sur demande» selon la formule officielle.

«L'idée d'activités industrielles avec accès direct sur l'aérodrome n'est pas nouvelle, puisqu'elle était un des fils directeurs du projet de 1996. Elle semble avoir prouvé son inutilité», disent pourtant les Verts du pays d'Ancenis**.

Outre les investissements, les coûts de fonctionnement sont aussi préoccupants. Depuis 2003, deux contrôleurs aériens ont été engagés pour regarder voler les mouches à basse altitude, même si les recettes de l'aérodrome ne parviennent pas à couvrir leurs salaires à l'année.

«Le déficit chronique s'explique par l'absence d'un véritable trafic d'aviation commerciale», assènent les magistrats comptables, évoquant un trafic «très très modeste». Il faut remarquer que l'usage du «très très» est très très rare chez ces magistrats des comptes. On mesure ainsi l'effet littéraire destiné à saluer le sens de la modestie des promoteurs de la piste très très accueillante aux courants d'air. Au moins, ça évite que les manches à air et à rayures ne s'affaissent lamentablement. En 2002, on n'a enregistré que 178 vols commerciaux, l'année d'après, plus un seul. Nib ! Wallou. Nada. Que tchi. Pour les vols non commerciaux, donc des coucous privés de l'aéroclub, 2002 en compte 10 766, alors que 2003 n'en dénombre plus que 5761. Ça ne décolle pas, diraient les amateurs de métaphores.

Oui-Oui s'envoie en l'air. Décolle pas, j'avions une belle piste
La bourse ou l'avion
Personne ne tient à se risquer non plus à gérer le machin, ce qui dit en langage soft donne :
« Les tentatives de la Compa (la communauté de communes qui regroupe 29 patelins et 53 700 pékins) de confier l'exploitation de cet équipement à un partenaire extérieur n'ont pas abouti ». Tout ça pour « un équipement dont la viabilité n'a pas été démontrée ». Mais il a quand même fallu dix ans d'obstination et de trous de taupes dans la piste pour s'en rendre compte. En 2005, le cabinet d'étude Fitoussi, mandaté par la Compa, remet un premier avis négatif sur les perspectives d'un éventuel projet de développement. Mais malgré une facture de 40 000 euros, ce n'est pas ce que voulait entendre le commanditaire. La Compa a donc remis 10 000 euros au pot pour un complément de rapport plus conforme. Faut être honnête : outre rallonger la piste et construire une cinquantaine de hangars pour faire garage à ce qu'on veut, coucou ou autre, ce cabinet d'étude a préconisé des trucs vraiment géniaux. Comme acheter un très indispensable équipement complet contre l'enneigement. Et surtout deux idées seules capables de sauver le désastre : créer un parking payant ou exiger un loyer au seul usager de l'équipement, l'aéroclub, jusqu'ici hébergé gratos. Enfin des recettes !

«Le budget annexe consacré au “parc d'activité Aéropole“ rencontre des difficultés de commercialisation des terrains ménagés», reprend la chambre des comptes. En clair, personne n'en veut. Du coup, les déficits se creusent : de moins 230 000 euros en 1999, on plonge à moins 2,7 millions d'euros en 2003. Ce qui «pèse sur les résultats de la COMPA et sur sa gestion de la trésorerie.» D'ailleurs, pour ses tableaux de comptes administratifs 2005, la communauté de commune a une seule colonne pour «dépenses ou déficits». Dans ce parc d'activité mirifique, on a bien vendu quelques terrains, mais c'est peanuts (419 000 euros) comparé aux dépenses d'aménagement (3,5 millions d'euros). Paraît que ça s'améliore un tantinet. On aurait vu un avion en papier atterrir. Les taupes sont priées de porter un casque.

Jonathan Lividstone

* Doudou, roi de la piste, Lulu n°15, septembre 1997
** Presse-Océan,le 5 janvier 2005

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