La lettre à Lulu
Lulu 74-75 - nov.-déc. 2011

Padechénou. Low cost toujours, tu m’intéresses


Dumping, c’est un mot coréen, lituanien ou polonais ?
Aux chantiers navals, si les actuels patrons sont coréens, la tradition du « montage exotique » a démarré avant eux, il y a pile dix ans.


Padechénou. Low cost toujours, tu m’intéresses
6 décembre, petite manif à Penhoët. Près de 800 métallos contre «les décisions de la direction des chantiers qui fait appel à la sous-traitance venant de pays où les salaires sont plus bas qu’ici». À l’ouest, rien de nouveau. Le laboratoire de main d’œuvre low cost dénoncé il y a dix ans est désormais rodé. Mais avec un plan de charge à marée basse, les relents de xénophobie peuvent ressurgir. Concurrence, étrangers, manque de travail : les ingrédients sont là. La CGT défend toujours des salaires décents et le respect des règles du travail pour les Polonais, Lituaniens ou autres, peu importe «leur nationalité ou leur origine». Mais à la base, ça râle. Gêné aux entournures, Jean-Michel Savary, élu CGT au comité d’entreprise : «Le sujet est délicat mais on ne peut pas rester sans rien faire, dit-il. Certains salariés des sous-traitants locaux travaillent depuis des dizaines d’années ici. Ils sont indispensables à la construction des navires. Ils doivent conserver leurs emplois et des salaires décents».* Des sites d’extrême-droite ont repris l’info sous l’angle de la défense des bons Français contre les étrangers. Trop contents de surfer sur ce qui ressemble à un rejet xénophoboïde.

Flash back. Il y a dix ans, en novembre 2001, la CGT récupère un fax confidentiel destiné aux sous-traitants français — de premier rang — les conviant à une réunion d’initiation aux subtilités du «montage exotique» profitant de l’«apport de main-d’œuvre en provenance de pays à faible coût»**. Le tout présenté comme un «axe de progrès». La réunion était chargée de déterminer «à partir de quel taux horaire ou journalier cette action est-elle intéressante ?».

Piteusement, le porte-parole des Chantiers plaide alors l’«initiative privée et choquante d’un chef de service que la direction n’a jamais approuvée ni cautionnée». En fait, sur le papier, le taux horaire est pratiquement respecté. Mais l’attirail du dumping est vaste : heures supplémentaires non payées même si on approche les soixante heures par semaine, frais annexes — panier repas, transport, hébergement — ponctionnés sur les payes, cautions obligatoires versées par les travailleurs dans leur pays, voire passeports confisqués à l’entrée en France comme pour les calorifugeurs de Bombay. De quoi faire baisser les coûts et se garantir contre les grèves. Aujourd’hui, dix ans après, le montage exotique aurait pris comme un rythme de croisière.

* Ouest-France, 6 décembre 2011
** « Les chantiers pris la main d’œuvre dans le sac », Lulu N,° 35, décembre 2001

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