La lettre à Lulu
Lulu 84 - mai 2014

Pas déçue du voyage. Le vidage à Nantes


Faut pas escagasser de l’intérieur, les dirigeants du Voyage à Nantes.
Sinon, c’est voyage forcé, à l’extérieur.


Régisseuse d’œuvres des collections du château des Ducs de Bretagne depuis cinq ans, Anne* y gérait les pièces prêtées d’un musée à un autre. Elle intègre de fait le Voyage à Nantes, la société publique locale qui depuis avril 2010 chapeaute le personnel du syndicat d’initiative, le Château, les machines et la biennale Estuaire, soit 260 équivalents temps plein. Rigoureuse comme le veut son métier, fonctionnaire très bien notée, Anne a eu la mauvaise idée d’être élue déléguée du personnel et secrétaire du CHSCT, le Comité d’hygiène, sécurité et conditions de travail. Élue sans étiquette, elle rejoint la CGT. Pour ses employeurs, ses états de service commencent mal quand le CHSCT exige en mars 2012 que les normes de sécurité soient respectées aux flambant neuves Machines de l’île. Résultat immédiat : il a fallu reporter de deux jours l’accès au public. Le staff en chef du Voyage fumasse. Pas la meilleure initiative pour se faire bien voir, dans une maison menée par un Jean Blaise qui a toujours honni les syndicats. Au Lieu unique, il en était épargné. Pas de chance, à l’office du tourisme, au château, les syndicats étaient déjà dans la place.

Le 31 mai 2013, Anne est dans le local syndical. La DRH vient la chercher en tant que secrétaire du CHSCT, pour une vague mise au point. Technique éculée mixant mise sous pression, déstabilisation, intimidation : l’entretien se fait dans une salle à part, seule face à la secrétaire générale, la DRH et son assistant. « Le sentiment très désagréable d’être prise au piège, puis je l’ai ressenti comme une agression », dit Anne. Attaques personnelles, insinuations sur son comportement qui poserait des problèmes à ses collègues. La réunion surprise vise à lui faire signer un document permettant de ne pas convier le délégué syndical de l’entreprise au prochain CHSCT, où il peut pourtant siéger s’il est convié. Il est surtout question de faire plier la récalcitrante, suite à une guéguerre pour faire respecter les procédures, les délais de convocation aux réunions. Un classique dans les entreprises où le conflit est latent. « Je leur ai dit qu’ils faisaient mon procès. Mais après une heure à se faire engueuler, on craque », confie Anne. La DRH lui demande « que ça reste entre nous ». Surtout ne pas ébruiter cette réunion sans convocation et très borderline, qu’un esprit tatillon qualifierait d’entrave au fonctionnement du CHS, passible de poursuites judiciaires**. Refusant ce pacte de silence forcé, Anne en a parlé autour d’elle. La DRH du Voyage à Nantes intervient alors au sein du Château pour maintenir la pression sur le rétive et faire tomber une remontrance. « Message clair : si je ne m’écrase pas, elle trouvera le moyen de me nuire ». Ailleurs, on appelle ça du harcèlement. Pas de soutien du délégué syndical CGT. Arrêt maladie, et démission du CHSCT en août 2013, « après d’autres démissions de membres du CHSCT, ce qui est de nature à constituer un délit d’entrave au fonctionnement de cette instance », notera l’Inspection du travail.

Arrivant en fin de détachement de sa collectivité d’origine dans l’est de la France, Anne devait être recrutée par la Ville de Nantes. Mais finalement, Le Voyage à Nantes a préféré la jouer Dégage de Nantes. Le recrutement ? oublié. Bon voyage, mais sans la prévenir. Sa hiérarchie nantaise ne lui dit rien. Elle sera avertie par sa collectivité d’origine. Élégant. Petit hic, elle est représentante du personnel. Rappelant « pression et convocation inopinée » à un « entretien non programmé », l’Inspection du travail refuse le 4 février 2014*** le licenciement déguisé de cette salariée protégée qui a « exercé son mandat avec conviction, fermeté et compétence, ce qui a contribué à détériorer la relation de travail avec son employeur », tout en « considérant que le CHSCT a fait part à l’inspection du travail, à de nombreuses reprises, des difficultés que les membres rencontraient pour exercer leur mandat, ce qui a nécessité l’intervention de nos services ».

C’est un camouflet aux bonnes œuvres des ressources zumaines. Il faut la réintégrer. Trop tard, le dégât est fait. Informée le 6 décembre dernier que son contrat n’aurait pas de suite à Nantes, Anne a cherché du travail ailleurs, revendant son appart en urgence. Nantes, qui se la joue destination, s’est cette fois muée en point d’éjection****.
A défaut de « la ville renversée par l’art », Anne a droit à la vie renversée par l’arbitraire.

Emma Lalèze

* Le prénom a été changé.
** Jusqu’à un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende, le double en cas de récidive.
*** Refusée du même coup, une rupture conventionnelle un peu forcée pour une autre salariée des Machines, elle aussi membre du CHSCT...
**** Directeur, secrétaire générale, DRH et dir com ont été sollicités par Lulu mais c’était les vacances et la dir com a répondu qu’il fallait attendre au moins une dizaine de jours. Trop tard pour le bouclage.

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