La lettre à Lulu
Lulu 46 novembre 2004

Passage à l’acte. L’insoutenable légèreté du maître


Jugé sans honneur ni probité ni délicatesse pour trois mois, le notaire de Vieillevigne est au piquet, privé d’étude.


Passage à l’acte. L’insoutenable légèreté du maître
Pauvre notaire. Il en a subi. D’abord cafté par son comptable pour malversations à son étude. Puis une enquête de la Chambre des notaires, et des investigations de la police judiciaire. Pour finir traîné devant la justice le 7 septembre, pour avoir “enfreint les règles de la probité, de l’honneur et de la délicatesse”. Me Roger Bodiguel a été condamné à trois mois d’interdiction d’exercer sa noble fonction. Quelle honte. Lui qui en 2003 n’a piqué sur les comptes de ses clients que 18 616 euros pour rembourser une dette d’un certain Sauvion, qui se trouve par hasard être le beau-père de la propre fille du notaire. Un geste de prévenance et de préférence familiale tout à l’honneur du notaire de Vieillevigne, qui a dû rembourser. La justice a retenu que cette légèreté n’était pas une première, un fonds clients a été aussi allégé en 1995 : à sa mort, une vieille cliente du notaire avait légué 150 000 F à la “Fondation de la maison de la gendarmerie” à Paris, qui s’était fait estamper de 85 000 F par le brave notaire, captant de quoi faire un prêt à des amis restaurateurs. Le notaire doit être un peu désordonné, il a égaré des documents : aucune trace de remboursement n’a été retrouvée.

Outre ce détournement, remboursé aux gendarmes 8 ans après quand ça sentait le roussi, Roger Bodiguel s’est fait pincer pour une autre embrouille. En 2002, le notaire se désigne lui-même comme exécuteur testamentaire d’un papy client, avec une belle commission au passage. Formellement interdit dans la corporation. “Je n’avais pas vérifié les textes” a-t-il prétendu, penaud, aux juges. Un aveu rassurant, pour un officier ministériel, dûment assermenté, tout acquis à la confiance de ses clients. Tout ça s’appelle des “manquements aux devoirs de la profession”, quand on parle l’euphémisme sans peine. Il y a aussi quelques mensonges, dissimulations grossières aux intentions suspectes et des tripatouillages de comptes utilisant les fonds bloqués de ses clients pour régler les problèmes du beau-père de sa fille, dont il est aussi le notaire. Sans faire marcher l’assurance de l’étude prévue pour ces aléas et en mélangeant compte en banque perso et compta de l’étude.

Les ennuis du notaire ne s’arrêtent pas forcément là. Comme entre-temps, il a jeté comme un malpropre le comptable qui n’a pas voulu couvrir ses manigances, les prud’hommes jugeront si le licenciement est abusif. Mais une autre enquête est en cours, s’intéressant à l’acharnement contre son ex-salarié de 25 ans. Ce qui risque de valoir d’autres rendez-vous judiciaires, au pénal, cette fois. Les plaintes contre X visent menaces, lettre anonyme, un cambriolage très orienté, qui n’a chipé qu’un dossier sur les micmacs de l’étude, un harcèlement confié à un détective privé commandité par Me Bodiguel. L’enquête vise même une tentative de meurtre. Le notaire qui ne manque pas d’air en a pris bonne note.

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