La lettre à Lulu
Lulu 59 - déc. 2007/jan. 2008

PerforNantes

La boîte à winners


La gestion par la performance envahit les services municipaux. Piscines, musées, stationnement, cantines et égouts, il faut des winners partout.


PerforNantes
La performance dans la fonction publique n'est pas une idée diabolique de droite.
Post-moderne en diable, la gauche nantaise l'a mise en place. Un ersatz tout droit tiré du monde de l'entreprise, recyclé par le secteur public pour pousser les fonctionnaires à se défoncer. L'embrouille, c'est que là, faut trimer plus et y'a rien à gagner ! Sous couvert de mieux gérer l'argent public, l'esprit du management s'est donc immiscé dans les politiques publiques, désormais soumises à la culture du résultat et à des critères d'évaluation quantifiés. La logique libérale de l'entreprise appliquée au service public. Si à Paris, les ministres de Sarkozy attendent, la peur au ventre, leur bulletin de notes, à Nantes, ce sont les directeurs de services qui serrent les fesses à l'idée de rendre des comptes. Pas les mêmes enjeux mais une même discipline: programmes, indicateurs de résultats, efficacité, objectifs, maîtrise des coûts… Selon une source syndicale, le système se met progressivement en place dans tous les secteurs: sports, urbanisme, jeunesse et famille, espaces verts, police municipale.

Lulu s'est procuré l'une des lettres d'information destinées au personnel municipal. Quel phrasé ! Ça commence par l'inévitable couplet sur "le dialogue et la concertation" avec les responsables de service. C'est le préalable à toute mise en place du "nouveau système de cadrage budgétaire qui viserait à définir l'allocation des moyens et des crédits". La note détaille: "Avec l'adoption du nouveau système de gestion, ce sont les objectifs des actions et leur finalité qui seront pris en compte pour mesurer les budgets" alloués à chaque direction. Il faut donc tenir les objectifs sinon gare ! Dans ce contexte de restrictions budgétaires, les chefs de services sont des managers soumis à résultats qui doivent être exemplaires. Ou sanctionnés!

Tout compte fait

Ça va être coton. Comment ces zélés gestionnaires de l'argent municipal vont-ils noter la politique culturelle ou sportive de la ville? Au nombre de plongeons dans les piscines ou d'entrées dans les rues pour les parades de Royal de Luxe ? Et quels indicateurs pour l'action sociale et la réinsertion? Le décompte à la virgule près du nombre de tapes sur l'épaule aux Rémis fréquentant le CCAS? La performance, pour le stationnement, c'est plus clair: les agents municipaux ont déjà le carnet à souche qui chauffe.

Sous prétexte de maîtrise des coûts, les principes de la performance pourraient bien déborder de
la ville aux bénéficiaires de subventions. Les associations contraintes à des objectifs opérationnels ! Après les coupes dans les dotations de l'Etat, le flicage via le trésorier municipal. Pas assez dynamique l'Amicale laïque du coin ? Mal positionné sur le marché du quartier? Trop rétif le président de club? Aïe aïe aïe! L'argent public, ça se mérite.

Parce que c'est de cela dont il s'agit: faire du chiffre! Pour garder ses budgets d'une année à l'autre, chaque directeur de service, et demain chaque responsable associatif qui compte, chaque taulier d'agence subventionnée aura à expliquer ses actions, remplir ses objectifs et ajuster ses perspectives en fonction de critères définis et validés longtemps à l'avance. Des critères dessinés par la ville bien sûr. C'est le principe des programmes et des objectifs dans la fonction publique. Un service public s'attachait à servir le public, la performance n'a qu'un leitmotiv: réduire les coûts, pour les clients.

Dans la maison Ayrault, cette réforme n'est ni plus ni moins qu'un recadrage sévère des politiques publiques. Sarko a dit "travailler plus pour gagner plus". Les socialos nantais ont inventé "fliquer plus pour trimer plus". Comme quoi, les espaces verts sous management rose ont enfin des solutions de business intelligence. Les pelouses n'y couperont pas.

Sophie Poirier

Tournez ménages. La mairie externalisée
La logique de performance et de rentabilité forcenées a trouvé d'autres centres de préoccupation dans "l'entreprise" municipale. Tout ce qui peut être externalisé droit l'être. Le ménage des bureaux tout d'abord. Confié à des entreprises extérieures. Dans certains services, pour amadouer les résistances, on la joue finement. Une réunion de travail demande ainsi aux agents des espaces verts: qu'est ce qui est le plus pénible pour vous? Réponse: tondre les rubans d'herbe au milieu du périf. Ni une ni deux, c'est externalisé! Ce qui aide à faire passer le principe. Dans quelques années, la fonction de maire elle-même sera confiée à une boîte de prestations de services.

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