La lettre à Lulu
Lulu 44 avril 2004

Pieds et poinçonnés liés. La justice à coups de ta Tan


Contre le mal des transports, gobez la pilule Mouchard. Renseignements à tous les arrêts et dans les maisons d’arrêts. Faites-vous rouler tranquille.


Pieds et poinçonnés liés. La justice à coups de ta Tan
C’est nouveau, ça vient de sortir. La TAN invente le tribunal embarqué, la justice à bord des trams. Seul hic, le designer chargé de caser les cellules du camp de redressement sous les sièges est à la bourre : du coup, seule la délation est prévue avec le ticket de tram.

Le 23 février, la société des transports en commun nantaise a donc innové en signant une convention avec la justice. Tous les faits jusqu’ici non signalés sont désormais soumis à un délégué du procureur qui tient bureau dans la station centrale du réseau. Devant toutes ces “infractions contre les biens, les personnes et la paix publique”, les magistrats piaffaient : tant d’impunité roulant à bord des bus et des trams ! C’est une première en France, paraît-il, et qui tente déjà la SNCF et les grandes surfaces. C’est dire la portée de l’expérience.
Officiellement, ça s’appelle lutter “ensemble contre la banalisation des incivilités”. Pour prouver l’urgence de l’initiative, on a produit de belles statistiques à faire peur. Malencontreusement ces stats sont à la baisse cette année. Passons. L’inventaire inclut des “incidents” divers et variés, qui vont des insultes et menaces envers les agents de la Tan aux projectiles et obstacles sur les voies, en passant par le racket, les coups et blessures involontaires, mais aussi des notions très floues qui incluent aussi les “bousculades” et même les “perturbations”. Sans oublier les très graves consommations de tabac. Un conseil : fumez de l’eucalyptus, et bousculez-vous vous-même sans toucher personne, y’a rien de prévu pour l’instant. Pour l’instant.

Sur l’effectif des 1500 agents de la Semitan, 190 salariés traquent déjà la fraude, et luttent pour la “sécurisation du réseau”, aidés par de braves supplétifs aux ordres, les fidèles caméras de vidéo surveillance qui équipent déjà 80 % des trams et bus. Officiellement, les enregistrements sont détruits au bout de 24 heures, sauf s’ils sont gentiment transmis à la justice sur simple demande. Il y a un peu plus de quatre ans, les neuf premières caméras étaient installées à titre “expérimental” dans trois bus de nuit nantais. “Nous ne voulons pas être des Big Brothers”, clamait alors le directeur du service clientèle, affirmant “croire davantage à la présence humaine”. * L’humanisme présent a pris un tour plus répressif.

Pour travailler main dans la menotte avec le parquet et le commissariat, le président socialiste de la TAN, Albert Mahé a donc signé avec le procureur une convention qui donne la possibilité aux voyageurs, chauffeurs et contrôleurs de déposer plainte auprès de douze super agents de la Semitan, chargés de transmettre au parquet. On aurait pu faire plus simple en délivrant aux bousculeurs, fumeurs et perturbateurs un billet spécial dénonçant informatiquement leurs méfaits avant qu’ils l’aient commis. Ils pourraient enfin de voyager “l’esprit tranquille”.

<I>* Presse-Océan, le 23 novembre 1999.</I><BR>

Contrôle de peau, s’il vous plait !

Scène de genre dans le TGV Paris-Nantes. Contrôle des billets, siouplait. Alerte ! Le poinçonneur des chemins de fer a trouvé un foyer de délinquance. Une jeune femme a bien un billet, correctement composté, mais sa carte de réduction n’a pas l’air valable. Du gibier de potence, assurément. Le ton devient nettement cassant. Il jubile, parle de la livrer à la police, et tant qu’à faire, s’enquiert avec son collègue de savoir si la jeune femme a un titre de séjour en règle, des fois qu’elle serait un peu clandestine sur les bords (elle est Noire). Une autre passagère s’insurge dans le wagon : il y a en France des grands délinquants, des personnages politiques importants, qui ont détourné des millions, alors parce qu’on est une femme, et noire, faudrait subir les tracasseries répressives ? Ça suffit à ramener les justiciers du train à une attitude plus correcte et à abandonner l’idée de jeter la contrevenante dans un cul de basse-fosse. Le train-train reprend ses droits.

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