La lettre à Lulu
Lulu 73 - juillet 2011

Ponton, pourquoi tu tousses? En long, en barge et en travers


Entre l’autorisation préfectorale et le quai où il est amarré, le barge flottante a gagné neuf mètres de long... Ce qu’on appelle une barge d’erreur.


Ponton, pourquoi tu tousses? En long, en barge et en travers
C’est vraiment trop inzuste. Troquant sa casquette de Yachts de Paris (un gros client) contre la coquille de Calimero (rôle de composition ou jeu de rôle ?), Olivier Flahault, « architecte et designer sur terre et sur mer », tempête contre Nantes métropole qui — c’est vraiment trop inculte — refuse son beau projet d’hôtel flottant sur la Loire. Ah, ces bouseux du bouchon vaseux qui ne comprennent rien à son art, alors que le monde entier, en tous cas Bordeaux, nous l’envie. Si si. Et l’olibrius d’annoncer pour terre d’asile les berges de la Gironde(1). Au jeu de retenez-moi où je fais un malheur et je refile tout à la concurrence, il aurait tort de se gêner : la ritournelle a été payante pour convaincre le député-maire de lui laisser amarrer sa barge, le resto flottant dormant Nantilus, devant Disney-Nantes, éléphant, manège, galerie de bistrots branchés(1).
Ici, on aime, il est vrai, les bonimenteurs. Prenez le Maillé-Brézé, à deux encablures de là. Fierté de l’office du tourisme et des vieilles badernes de la marine, ce rafiot militaire amianté a autant à voir avec la construction navale et l’histoire du port de la cité que le petit beurre avec le cassoulet de Castelnaudary. Et les flatuosités qui accompagnent l’enflure vont peser encore longtemps dans le bilan carbone de la ville. Ainsi, à la presse qui persiste à nommer ça un « ponton géant et récréatif », aux ringards qui y voient une verrue équipée d’un tiroir-caisse injuriant la mémoire ouvrière des lieux, Olivier Flahault rétorque qu’il s’agit d’un vaisseau (sic !), ou même d’« une petite île, puisqu’il sera éloigné d’environ 25m du quai »(2). Ayrault, lui, parle d’une stratégie de « water fronts »(3).

Quoi d’neuf mètres ?

Tous deux sont en deçà de la vérité. Ce « geste architectural » est surtout une contribution décisive à « la théorie mathématique de l’élasticité des corps solides », chère à ce bon vieux Gabriel Lamé (1795-1870), à moins qu’il ne s’agisse de la dilatation du métal au contact d’une eau saumâtre. Car Lulu a compté et recompté : à sec, sur le bureau du préfet, le machin affiche une longueur de 54 mètres et une largeur de 14 mètres(4); tout mouillé sur le fleuve, ses dimensions atteignent 63 mètres (+ 17 %) et 16 mètres (+ 14 %). Titulaires d’un permis de construire, adoptez la Flahault attitude, et la « marge d’erreur » à laquelle vous avez droit !

Mais attention, faudrait pas confondre : parce que sur l’eau, et donc immatriculé par les affaires maritimes même s’il ne navigue pas, le bidule s’affranchit des règles de l’urbanisme, au contraire de la bicoque de madame Dugenou. Consultées, les plus importantes sommités de la capitale approuvent. Ce flou juridique tombe rudement bien parce que l’église de Notre-Dame-du-Bon-Port aurait pu jouer les trouble-fêtes : le Nantilus est situé dans le périmètre de protection de cet édifice, monument historique depuis octobre 1975, qui nécessite pour le commun des mortels, et donc pas pour l’homme de l’art flottant, l’avis conforme de l’architecte des bâtiments de France. Et pourtant, des esprits chagrins persistent à penser qu’une demande de permis d’aménagement aurait été la bienvenue en raison des travaux réalisés sur le quai et des flux de circulation qu’engendrera sa fréquentation. Mauvais joueurs !

Faut reconnaître à Olivier Flahault, malgré ses piaulements, un savoir-faire certain avec les collectivités. Exemple à Saint-Herblain. Après une révision sur mesure du plan local d’urbanisme, un modèle de découpage en dentelle, le document aux petits oignons a rendu possible en 2007 la construction d’un « village d’entreprises », Plein sud, en bordure de Loire. Fort d’une autorisation d’occupation délivrée par le port, notre sémillant entrepreneur a pu y réaliser une dizaine de bungalows en bois façon bobo, et y installer le siège de son agence. Il a voulu refaire le coup en se gardant un étage de la barge flottante, comme bureau mais c’était au début de la polémique avec les anciens de la navale, et Flahault a du lâcher du lest. Depuis, il fait dire partout que la barge flottante ne sera pas « bling bling ». Il se prend pour Sarko ou pour une star du rap ?

Joe Sratte

(1) Ouest-France, 11 mai 2011
(2) 20 minutes, 14 mars 2011
(3) Presse Océan, 25 octobre 2008
(4) Arrêté préfectoral N° 2010/BE/031 du 16 mars 2010

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