Malgré l’échec, PP remet ça, relance une procédure de licenciement économique envers les deux pénibles qui refusent d’être virés. Nouveau refus de l’inspection du travail, nouveau recours auprès du ministère qui, le 8 septembre 2003, répond toujours qu’il est impossible de virer ces salariés protégés qu’on n’a pas tenté de reclasser. Un mois plus tard, le 10 octobre, coup de théâtre : sollicités par un très inusité recours gracieux de la société de bourse, les services de François Fillon opèrent un revirement complet, à la surprise générale, sans argumentation. Sans avoir entendu les intéressés, le ministère bafoue ses précédentes décisions, passe outre les deux avis de sa direction du travail, et autorise les licenciements. Que Philippe de Portzamparc, participant aux mondains dîners du “Siècle”, un club huppé de patrons, y rencontre notamment François Fillon, ministre qui entretient de bonnes relations avec le Medef, ne saurait servir d’explication à un tel aval gouvernemental à ces mesures antisociales. D’ailleurs au cabinet de Fillon, on l’assure la main sur le cœur : leur ministre chéri n’était pas au courant. Yves Gevin, le directeur général de la BPA confie que ces deux virés ont de la chance de bénéficier “d’une démarche soft : ça aurait pu être plus brutal, comme ça s’est fait dans la concurrence. Ici, ça s’est fait dans les règles de bonne gestion et de bonne élégance”.
Les deux syndicalistes sur le carreau ont donc saisi le tribunal administratif. Pour l’instant, le ministère fait le mort aux demandes d’explications devant la juridiction administrative qui, pleine de sollicitude, a gentiment signifié au ministre qu’il était déjà hors délai légal pour répondre aux arguments écrits des salariés bafoués. En attendant, ces salariés peuvent toujours méditer des phrases comme : “Le développement durable est au cœur des préoccupations du Groupe Banque Populaire”, plus spécialement à travers un fonds d’assurance vie qui sélectionne les entreprises “selon leurs engagements en faveur de l’amélioration des pratiques sociales” notamment. C’est ce que clament pourtant les dirigeants du groupe BPA, dont la Société de bourse Portzamparc est filiale. Question social, PP est pratiquant, selon sa propre religion. Il ne croit qu’en le jugement dernier de Saint François Fillon.