La lettre à Lulu
Lulu N° 80 - mai 2013

Prison privée privée. Le trou à cinq euros


Construite et gérée en PPP, la maison d’arrêt n’a pas un an. Mais ça pète de partout. Avant l’anniversaire, revue de détail.


Pour la maison d’arrêt nantaise, le PPP s’étale sur 27 ans, le loyer couvrant les frais de financement, la conception, la construction mais aussi l’entretien, la maintenance du bâtiment, la blanchisserie, la restauration, le transport des détenus, leur boulot en taule, l’accueil des familles. Le proprio, c’est Bouygues.

Rencontrer les représentants de la CGT pénitentiaire pour évoquer les effets du PPP est d’abord surprenant : ils ne tarissent pas d’éloges sur la formule déléguant au privé restauration centrale, boulangerie, buanderie, lavage du linge, des draps et des bleus de travail. Enfin, juste au début, les éloges. La cantine quand même meilleure qu’avant, les repas plus copieux. Pour l’instant. Avant, pour le travail des détenus, l’administration pénitentiaire démarchait des entreprises extérieures. Désormais c’est Bouygues qui trouve les marchés. Des tâches simples, bougies à emballer, prospectus à mettre dans des enveloppes, objets à coller pour des promos commerciales, doses et sachets gratuits... Avant, à la prison en centre ville, rue Descartes, les quelques femmes n’avaient pas de place en atelier. Aujourd’hui, un atelier boulangerie permet à six d’entre elles (sur la cinquantaine de détenues) de gagner – un peu – leur pain. Voilà pour le positif. Le pain est servi aux détenus et au personnel, qui s’en méfie, une partie des surveillants craignant que les taulardes ne crachent dans le pétrin.

Pour la maintenance, le contrat entre l’administration pénitentiaire et Themis FM, filiale de Bouygues, prévoit que toute demande de réparation doit être effectuée dans un délai de trois jours. Chiotte bouché : un jour. Mais il y a des litiges, et on missionne presque systématiquement des experts pour voir si des fois, ça serait pas de l’usure, de la dégradation. Et un autre expert intervient pour expertiser la première expertise. « Il y a une vitre cassée pour laquelle on attend depuis quatre mois. Les relations avec les opérateurs sont compliquées et l’administration ne veut pas de conflit. Ça prend plus de temps », confie Samuel Gauthier, délégué CGT. Avant, à « Descartes », l’ancienne maison d’arrêt, il y avait un gars préposé aux dépannages et c’était fait dans les heures qui suivaient la demande.

En juillet 2012, un mois après le transfert des détenus dans les murs, une canalisation d’eau chaude sous pression explose dans un couloir de l’administration. «i[ J’ai cru que c’était une bombe. L’explosion a déplacé une porte métallique de 600 kilos. Il y a eu le même souci à la maison d’arrêt du Mans [ouverte en janvier 2019, NDLR]. Est-ce que c’est une malfaçon ? Est-ce qu’on risque le même incident ailleurs ? On n’a jamais eu d’explication...]i», confie une surveillante. Dans le quartier des courtes peines, une autre canalisation d’eau à pété. Le tuyau étant enfoui dans la chape de béton, il a fallu tout casser et tout refaire. Dans une unité d’hébergement du service médical psychiatrique régional, une armoire électrique a pris feu à l’automne dernier. Surchauffe, paraît-il. Toute l’électricité a du être coupée pendant une demi-heure. Difficile de parler de période de rodage du bâtiment puisque de décembre 2011 à la mise en service en juin 2012, des batteries de tests techniques et une « marche à blanc » ont été effectuées.

Dans les cellules, les premiers mitigeurs installés sont bas de gamme. Il a fallu tous les changer. « En période de rigueur, bonjour le gaspillage », souligne Samuel Gauthier qui explique que pour installer un panneau syndical dans son local il lui faut demander à l’administration qui demandera à Bouygues de s’adresser à la filiale qui enverra quelqu’un pour quatre coups de perceuse et quatre chevilles, facturés cinq euros par trou.

Pour la vie quotidienne des surveillants, pas forcément mieux. Les postes de contrôles sont dotés de vitres opaques. « On se serre plus la main, on se parle à travers des goulettes de passe-plat...». Paraît que les lundis, les matons ont des têtes de raviolis.
Chantal Catraz

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