La lettre à Lulu
Lulu 47 décembre 2004

Professeur Nimby. Le claquemur de la honte



Professeur Nimby. Le claquemur de la honte
Création imminente d'une brigade de police aux frontières du quartier.

Un environnement, ça se bichonne. Surtout si c'est le sien. Tous les moyens sont donc bons pour écarter le mauvais qui risque de polluer son cadre de vie : mauvais bruits, mauvais voisins, mauvaise pigmentation de la peau, mauvaise inflexion du destin, et même le vent mauvais, s'il arrivait en courant d'air. Les cafés concerts, les projets d'aires d'accueil des gens du voyage font régulièrement les frais de cet effet NIMBY, Not in my back yard. Voilà que les sans-abri et les traîne-misère ne sont pas mieux lotis : à Orvault, les braves citoyens viennent de manifester fermement leur détermination collective à vivre entre gens solvables. L'antenne des Restos du Cour était jusqu'ici abritée dans le garage d'un particulier, qui a récupéré son local en juillet. La mairie pressent un terrain à fournir à l'asso de Coluche. Mais les riverains refusent mordicus et unanimement de voir leur asphalte usé par ces vils traîne-savates. La cote de l'immobilier pourrait s'en voir néfastement détériorée. Et le bruit de la faim, c'est infernal, ça empêche de dormir. La ville a préféré "ne pas s'opposer à l'avis de ses administrés"*. Pour les Restos du Cour à Orvault, on verra ça une autre année. Les pauvres hères profiteront de ces mois d'attente pour méditer sur l'exclusion, et sur l'occlusion version intestinale. C'est tout leur intérêt. Il vaut mieux comprimer l'estomac que déprimer.

Mais on ne peut pas rejeter que des affamés. Il faut aussi s'entretenir sur le voisin de son voisin. Dans une rue du centre de Nantes, les conteneurs de tri sélectif étant saturés, le dépôt de bouteilles de verre s'est fait au pied des récipients, avec son lot de verre cassé. Evidemment, les riverains refusent de s'offrir un stage de fakir, et se plaignent du bruit, du danger des tessons de verre, tout en désignant les coupables : "de nombreuses voitures étrangères au quartier viennent opérer un ballet régulier"**. Le genre de formule insidieuse qui banalise la parano à l'échelon du coin de rue. Le "ballet" suggère même une permanence de rotations douteuses. Espérons que ces étrangères automobiles seront vite sanctionnées par une reconduite à la frontière du quartier. Sinon, faudra préparer des charters.


* Ouest-France, le 9 novembre 2004.

** L'Eclair, le 13 novembre 2004.

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