La lettre à Lulu
Lulu 64 - avril 2009

Pulsions d’expulsions. Les chiens aboient, la carabine passe


Ambiance nettoyage ethnique à Doulon. Avec une hot line pour détecter et alerter les autorités dès que l'ombre d'un soupçon de Rom déboule dans le paysage.


Pulsions d’expulsions. Les chiens aboient, la carabine passe
« Nuisibles ». Quand le mot est sorti, personne n'a bronché. Pas même les élus d'une grande ville socialiste de l'Ouest de la France d'aujourd'hui où que bon vivre il fait. « Nuisibles » : le mot est lourd de sens. Il renvoie à une animalité qui fait peur. Bestioles dangereuses. Qu'on est autorisé à tuer. Question de rééquilibrage d'environnement. Le mot a été prononcé lors d'une réunion de quartier à Doulon, pour désigner les Roms, puisque c'était le thème unique de cette réunion publique de bons citoyens en septembre, comme les deux autres qui ont suivi en janvier et mars. Des assemblées suintantes de fantasmes encouragés par les élus, l'adjointe du quartier et à la démocratie locale Catherine Touchefeu, l'ancien flic devenu élu sécu Gilles Nicolas, aux côtés de la députée Marie-Françoise Clergeau qui ne disait mot. Consentante, donc.

Dans ce quartier, une vingtaine de familles roms ont été expulsées en juillet. Les riverains craignent qu'« ils » ne reviennent, protestent contre les associations qui les soutiennent. Forcément, ça retarde le nettoyage.
Catherine Touchefeu : « On fait des expulsions automatiques, parce que c'est pas facile à vivre sur le quartier. Rassurez-vous, tous les occupants vont être expulsés ». Louis Souchal, Monsieur action sociale à la mairie : « Les expulsions auront lieu. Pas de faiblesse, pas d'hésitation ! ». D'autant que le 31 décembre, la police a survolé la zone en hélicoptère en réalisant quantité de photos, « pour anticiper, leur coller la pression, pas les lâcher (...) Il y a eu deux charters, l'un mardi, l'autre mercredi prochain, dit Gilles Nicolas. À vous de nous dire où il y a d'autres terrains susceptibles d'accueillir les Roms ». L'élu flicard insiste sur le numéro de bigophone municipal au service de la délation-prévention : « Il y a un enregistreur, n'hésitez pas. C'est pas un numéro d'action immédiate, mais ça nous permet d'être au courant de la présence des Roms ».

En espérant que « le flux va se tarir », on attend beaucoup de la « sécurisation » des terrains. Comprendre : barrer la route aux caravanes. Technique préventive : passer un tracteur pour labourer les terrains en friche. Un riverain s'alarme : « C'est sec, on est très inquiets ». Pas de problème, le tracteur laboureur municipal repassera. La litanie des trouilles égrène son acte d'accusation : « Ils font la vaisselle dans le fossé. Ils crament des ordinateurs. La balade dans le quartier, c'est plus possible. Mes filles ne vont plus à l'arrêt de bus: " ils " montent les premiers ! ». Et après l'heure de fermeture, la déchetterie devient « une ruche ». Toujours ces images d'animalité, de prolifération, de rhétorique de la peste. Un type a une solution : « il faudrait mettre un chien, mais un qui n'aurait pas mangé depuis quinze jours ». Aucun élu n'aboie. Ils ont dû manger avant de venir.

Gilles Nicolas y va de sa blague : « Avant Noël, la police a arrêté une voiture où ils étaient sept : trois Roumains et quatre moutons ». Des animaux, on vous dit. Avec toute cette verve éradicatrice, on se sent à l'aise pour discuter dans les rangs de l'assemblée. « De toutes façons, moi, j'ai mon fusil sous le lit », dit un jeune homme, la trentaine. « Moi j'en ai deux, mais avec mon mari, on les a pas encore sortis », rétorque sa voisine, genre mémé flingueuse. La réunion suivante, pratiquement toutes les familles Roms ont été contraintes d'émigrer plus loin, à Chantenay, à Rezé. Sauf quelques caravanes sur un terrain privé d'une entreprise de froid. Problème, la ville ne peut pas les virer, ni se substituer au proprio qui ne voit rien à redire. Reste le zèle communal pour rassurer l'électorat : « On lui envoie un courrier pour inciter à faire une demande d'expulsion ».

La salle s'agace : « Alors ceux qui provoquent les nuisances, c'est pas eux qui payent les frais ! Ils viennent chez nous, ils violent nos terrains, et nos impôts servent à ça ». Un autre Dupont-Lajoie : « Et ceux qui partent, est-ce qu'on les suit ? ». L'élu du quartier a la parade : « Les opérations de surveillage » (sic), et « ne pas hésiter à signaler à la police nationale ». Pas loin de l'encouragement à une milice de riverains. « Si vous en détectez, on enverra quelqu'un ». La simple existence de ces citoyens européens vire au délit. « Moi dans ces cas-là, je prends ma carabine », lâche un joyeux luron dans la salle. Aucun élu ne rappelle le droit, le bon sens, la tolérance, la République. Non. Les Roms sont des gênes, des suspects, voire des proies. Digne élue de la patrie des droits du lapin, Catherine Touchefeu rappelle que les seuls à avoir « mouillé la chemise pour les faire partir », c'est bien la mairie. C'était son spot de pub après les infos.

Esméralda Naïd

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