La lettre à Lulu
Lulu 64 - avril 2009

Quoi d'keuf, docteur? Le stéthoscope inquisiteur


Contre la grippe fantôme qui grippe les finances publiques, la Ville de Nantes est tout à traque.


Quoi d'keuf, docteur? Le stéthoscope inquisiteur
Le député-maire de Nantes pourrait faire un excellent ministre d'ouverture dans le gouvernement sarkozyste. D'ouverture des portes des malades pour traquer tire-au-flanc, simulateurs et fainéants. Un simple arrêt maladie à la mairie de Nantes suffit à entrer dans la catagéorie des tous suspects, sauf ceux qui ont un bon alibi. Tous suspects ? C'est déjà vrai dans la France de Sarkozy, pourquoi pas dans l'administration municipale nantaise ? Quelques caisses de sécu expérimentent le contrôle à domicile des salariés en arrêt maladie, histoire de sucrer les indemnités de ceux qui abuseraient. Sous prétexte de contrôler ses employés, entretenir l'ordre et les finances publiques, la Mairie fait contrôler ses agents malades par une entreprise privée basée à Saint-Etienne : Medicat partner, un des leaders sur le marché juteux de la contre visite par surprise, traque patentée des fraudeurs et malades imaginaires. Cette boîte n'affiche qu'un partenaire sur son site, une société de détectives privés. On sait où on est.

Comme quoi, l'imprégnation des valeurs libérales (ou ici de médecine libérale) est une vertu qui honore la municipalité, en prise avec la modernité, la baisse des coûts et le management participatif. Du fond de ton pieu, participe au redressement des finances publiques et à la lutte contre le lâche absentéisme qui gangrène le service public ! Lève-toi, tousse, et rejoins ton poste.

Pour cette besogne de flic à stéthoscope, Medicat Partner requiert des généralistes nantais. En dehors des heures d'ouverture de leur cabinet, ces toubibs font des ménages. Ce qui coûte à chaque fois à la ville 108 euros hors taxes le déplacement, plus les frais kilométriques. Les toubibs sont là pour mettre la pression sur les employés dans leur lit, et pour débiner les diagnostics de leur collègues médecins traitants, vils complices de ces salopiots en pyjama, assis sur des bouillottes froides.

Ce qui risque de se passer : inquiets d'être suspectés, les agents municipaux grippés vont rester au boulot et à force de cracher, tousser, postillonner, ils vont bien contaminer tous leurs collègues. L'état civil ? Trois quintes de toux sur votre gauche, le couloir en face, et le premier évanouissement à droite, vous y êtes.
Patrick Patraqueb[

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