La lettre à Lulu
Lulu 51 décembre 2005

Raide avec chef. Pillet grillé sauce vinaigre


On a beau être un chef trois plumes à Ouest-France, il faut savoir passer à autre chose, parfois poussé par les événements, et sa hiérarchie. C'était la rubrique leçon d'humilité.


Raide avec chef. Pillet grillé sauce vinaigre
Tout récemment écarté, l'ancien rédac chef d'Ouest-France Didier Pillet a vite fait parler de lui, chapeautant une opération douteuse. Une série d'articles sur les méfaits du tabac de l'alcool et du cannabis ont été directement commandités par la préfecture de Rennes contre rétribution et publiés comme de l'info indépendante*. Pillet a piloté ce petit commerce d'info marchandise. Un accroc majeur à la déontologie du journal, pas avare en sermons sur la rigueur de l'exercice de ses missions.
L'ancien rédac chef toutes éditions a été bombardé en septembre «directeur de l'information» à Ouest-France, un titre ronflant créé pour l'occase et rattaché directement à la direction générale, complètement disjoint de la rédaction en chef. Ses missions un peu floues englobent donc les opérations spéciales et publi-reportages. Au sein d'Ouest-France, la nomination de Pillet à ce poste doré est passée pour une «punition». L'animal paierait les motions de défiance de janvier 2005 contre un projet de réforme qui ne consultait personne. La rédaction de Paris du quotidien rennais avait dégainé la première en diagnostiquant un journal atteint par quelques virus : «manque de réactivité, impasse sur les jeunes, déconnexion des sujets du temps, écriture tiède, maquette vieillotte, etc…». Une «dérive» coupable de faire «l'impasse sur les causes et les responsabilités», à peine recadrée par une réforme qualifiée de «stratégie de repli informatif ou de pur marketing», qui «privilégie apparemment la forme sur le fond, le packaging sur le produit, et l'organisation sur le contenu». Rien que ça.

Problème de ponte

La réforme qui devait passer comme une lettre à la poste vire au cahier de doléances. Les mutins disent craindre «une déperdition importante dans le reportage, l'interview, l'information sur le monde. Bref, une banalisation et un appauvrissement de la marque Ouest-France». Les Parisiens, dont les griefs sont vite repris par les autres rédactions dénoncent alors «un sérieux décalage entre la nécessité de la réflexion collective affichée par le rédacteur en chef et la réalité de la pratique» avec des rédactions «délibérément écartées de la concertation, contrairement à ce qui s'était passé au début des années 90». Ce que l'intersyndicale avait traduit par un «ras-le-bol de pratiques managériales qui se drapent de l'alibi de la concertation, en se gardant bien de la faire vivre». Parmi les motifs de la grogne des salariés d'Ouest-France, les journalistes relèvent que les enseignements de l'«enquête T1» commanditée par la direction sur les lecteurs, leur âge et leurs habitudes**, paraissent carrément ignorées. Ces motions de défiance en chaîne s'opposent aussi à «un nouveau fonctionnement avec pour objectif la reprise en main plus musclée du contenu et de la rédaction, volontairement écartée des réflexions». Comme on le voit, le meneur de la revue a été sérieusement malmené.

Iznogoudron, et les plumes

Limogé de l'intérieur, Didier Pillet paierait du même coup la nouvelle maquette expérimentée depuis un moment en Mayenne et qui visiblement n'est toujours pas prête à faire des petits... D'autres affirment qu'il était demandeur de changement. Dans ces cas-là, il vaut mieux se dire candidat à autre chose, pour sauver la face. La suprématie ayant besoin de diplomatie, un ponte du journal a même déclaré sans rire
qu'«Ouest-France avait besoin d'un ambassadeur pour représenter le journal en Europe et dans le monde». «Ce qui est amusant, note un journaliste, c'est que Pillet a été chargé de toutes les vilenies par son successeur et pourtant fidèle séide pendant des années, Jean-Luc Évin». Homme de Pillet, Évin a su prendre rapidement ses distances avec l'ancien rédac chef plombé par un management problématique. Pillet est considéré comme ayant «provoqué» une fâcheuse résolution de la rédaction, signée par 270 journalistes prêts à aller jusqu'à la grève, faute de négociation spécifique et de réponses satisfaisantes aux malaises mis à jour.
Suivant un usage soft qui veut que les pontes ne soient pas sanctionnées illico presto, Pillet n'a donc été destitué que huit mois plus tard. À contre-cœur, Hutin s'est résolu à écarter son plus fidèle zélateur. Le zélé adorateur a désormais la maîtrise d'un grand projet : vendre deux fois chaque mot publié. Une fois au lecteur, une autre au discret sponsor. Surtout qu'avec des mots à double sens, on quadruple les gains.


* « La préfecture pige à Ouest-France ». Libération, le 20 décembre 2005.
** « Ouest-France : le quotidien se prend un pain ». Lulu n° 44, avril 2004.

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