La lettre à Lulu
Lulu 48 mai 2005

Ramasse-biette. La presse fait le trottoir


Suédois, Norvégien, Rennais, mais toujours low cost et kleenex, la presse prépayée pour djeuns urbains débarque au coin de la rue.


Ramasse-biette. La presse fait le trottoir
De la main au panier

L’Angleterre a sa presse de caniveau. Nantes a désormais sa presse de trottoir. Gratuite, prépayée, à parcourir en moins de vingt minutes, si on ne lit pas les pubs. Après Métro, le quotidien 20 minutes est apparu le 18 mars dans le centre de Nantes, à la gare, sur le campus, du lundi au vendredi, mais ni l’été ni le week end*. Marketing implacable. Il faut être jeune-actif-urbain, ou étudiant, âgé de moins de 34 ans, plutôt CSP+, ce fameux gratin des catégories socio-professionnelles qui a le plus fort potentiel de consommation. Faut bien que la pub, unique nerf de cette guerre des gratuits, atteigne son but. Lancé en France en 2002, Métro vise la rentabilité en 2005, 20 minutes en 2006.

Pages localisées

Sur 32 pages, 20 minutes revendique sans rire huit pages ayant «fait l’objet d’une localisation éditoriale». Outre trois vraies pages (dont une de sport) d’articles courts sur Nantes, et deux pages d’annonces culture, le décompte inclue la une (un à deux titres nantais sur les cinq), et la demie page météo où deux des trois cartes sont loire-infériorisées. Enfin, sur les 18 chaînes de la pagé télé, un gros timbre poste est dédié à Nantes 7.

Nouveau directeur départemental d’Ouest-France, Jean-Marie Biette prétend sans broncher qu’il arrive de Rennes et ne connaît pas bien la situation nantaise**. Il prend vraiment ses biographes pour des cons, lui qui a fait sa vie de journaliste à Nantes, avant de grimper quatre à quatre dans la hiérarchie à Ouest-France via St Nazaire et Rennes. Il feint de voir ces gratuits comme des bienfaits de la presse payante. Discours officiel maison. Il précise quand même que 20 minutes est quand même mieux que Métro qui la joue à l’économie, pillant des dépêches d’agence. 20 minutes, c’est autre chose, dit-il, y’a de la «plus value journalistique» et ça c’est stimulant. La concurrence est limitée puisque les pages loisirs et culture de 20 minutes sont un copié-collé fourni par Ouest-France multimedia.

Paniers garnis

Certains ergotent que le succès des 30 000 exemplaires distribués chaque jour se mesure au bourrage des corbeilles à papier du mobilier urbain. D’autres jaloux persiflent que le prétendu succès est aussi bidon que si on faisait passer pour une percée de la presse de la main à la main la diffusion d’un tract syndical à 20 000 exemplaires lors d’une manif. Le credo martelé, c’est que ces gratuits réinventeraient l’appétit de lecture. Comment prétendre que cette presse amènerait ces nouveaux lecteurs de journaux à payer un jour pour leur info quotidienne ? Car pourquoi payer bêtement les enquêtes, les reportages, les analyses des journaux traditionnels, alors qu’on peut récolter leur ersatz pour pas un rond ?

Sur tous les plateaux de télé locale, Jean-Marie Biette répète que «Non, non, nous ne nous tirons pas une balle dans le pied» *. C’est comme ça : les journalistes d’Ouest-France ont l’habitude de prendre le pluriel de majesté pour parler de leur employeur. Il reconnaît quand même qu’Ouest-France pourrait perdre des acheteurs le long des axes du tram où les deux gratuits sont donnés le matin. En revanche, les gratuits institutionnels journaux de la ville de Nantes, du Département et de la région, là, ça le tracasse. Le hic, c’est «la ponction sur le marché de la pub». Le gâteau attaqué par des donneurs d’ordres des appels d’offres publics, c’est autant que la presse gratuite ou payante de l’empire Ouest-France ne peut pas harponner. Il est urgent de privatiser la pub.

* Ni même aux vacances de Noël, ce qui a permis aux deux journaux gratuits de rater les premiers jours d’informations sur le tsunami, puisqu’ils ne paraissaient pas. Les catastrophes sont priées d’arriver les jours ouvrables.

** Nantes 7, « Qu’est ce qu’on vous sert ?» vendredi 11 février 2005 (et rediffusion pendant toute l’année qui suit).

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