La lettre à Lulu
Lulu 88 - mai 2015

Rations futures. Ma ZAD à la tronçonneuse


Sur la ZAD, le gel du projet réchauffe les utopies. La vie s’enracine. On pourrait dire s’enzadine.


Rations futures. Ma ZAD à la tronçonneuse
Les zadistes sont vraiment forts. Leur dernière marotte, c’est de s’enraciner à coup de tronçonneuse, en exploitant le bois. Exploiteurs ! Il y a déjà 220 hectares occupés et cultivés par les paysans et occupants en lutte. La chambre d’agriculture en a pris acte. Quelques vaches, un élevage de moutons, un verger qui va prendre son temps, des cultures de blé panifiable, de sarrasin, un essai de blé dur, une meunerie qui vient de produire la première farine zadiste. On ne compte plus les potagers. La boulangerie de la Zad enfourne les lundi et jeudi. Des chantiers betteraves, oignons, haricots secs remplissent les sacs. Les récoltes de patates nourrissent les occupants de la zone, alimentent un marché à prix libre chaque vendredi, et fournissent régulièrement les squats de migrants à Nantes, mais ont aussi livré les migrants de Calais ou la Zad de Sivens. Il manquait sur place une épicerie pour les produits secs : le projet est en bonne voie. Des haies sont régulièrement semées pour améliorer le bocage. Le matos agricole, plateaux, charrues et tout le bazar se repartit au sein du Curcuma, Collectif d’usure de réparation, de casse et d’utilisation de matériel agricole. Table d’hôtes, réservation par courriel*, la « Black Plouc Kitchen » a ouvert à l’automne dernier dans une jolie roulotte, pour dix convives : « C’est fait pour accueillir du monde, changer, montrer la lutte ».

Sortir du bois

Pour montrer de quel bois elles et ils se chauffent, il a suffi de taper dans les arbres voisins. La boulangerie, les cabanes individuelles et les espaces de réunion ont besoin de stères à brûler. Un texte « Sortir du bois, construire en dur »** expose le programme, après avoir commencé par convaincre les quelques défenseurs forcenés de la nature intouchable qu’un peu d’entretien des haies pour les fagots, et des bois pour qu’ils se régénèrent ne pouvait pas nuire. Lors d’une balade guidée « partage de savoir-faire », des militants des Civam, Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural, ont prodigué des conseils sur l’entretien des haies. En plus du bois de chauffage, les pins douglas et maritimes abattus fourniront du bois d’oeuvre, des planches pour refaire des planchers. L’opération a pour nom « Abracadabois ». « L’habitat devient plus durable que précaire. On se projette », disent les zadistes. Une scierie mobile vient cet été du plateau de Millevaches, un scieur du coin fournissant aussi matériel et coup de main.

Ça, c’est pour l’immédiat. Mais l’éventualité d’un abandon du projet d’aéroport de plus en plus évoqué ouvrirait une autre bataille. « On ne laissera pas de gros exploitants qui voudront s’agrandir faire main basse sur les terres, arracher des haies, refaire du maïs avec du gros matériel et des pesticides », affirment les paysans du collectif Copain. Les membres plus décroissants du collectif Sème ta Zad ont aussi leurs idées. Bien sûr si la déclaration d’utilité publique est abrogée, il faudra, et ce sera peut-être le plus compliqué, s’opposer à la chambre d’agriculture (majorité FDSEA) et aux propriétaires qui ont touché les indemnités et revendiqueront leurs biens.

Terres communes

Les discussions vont bon train sur « les communaux », ces pratiques coutumières diverses héritées du Moyen-Age, droits et servitudes d’usage collectif sur des prés, bois, marais, bénéficiant aux riverains et villageois de la communauté rurale jusqu’à la Révolution. Des zadistes recherchent l’histoire locale des communaux, mémoire oubliée de terres partagées dépassant les actes de stricte propriété, actes de notaires et cadastre faisant foi.

Ce qui s’imagine aujourd’hui, c’est un dépassement de la détention foncière individuelle, une priorité à l’usage, pas à la propriété. L’hypothèse de « Commune » autogérée prend forme, depuis quelques mois déjà puisque des assemblées gèrent au quotidien divers petits conflits d’usage des routes et des champs entre individus et entre composantes de l’opposition au projet d’aéroport, en forgeant des consensus, des accords. Tant sur l’agriculture que sur l’utilisation des routes ou des chemins.

Ils ont des années de pratique et discussions pour organiser des semailles communes entre paysans bio, paysans conventionnels usant de leurs tracteurs et zadistes soucieux de sobriété et de traction animale. Le décor est bien planté, les usages parfaitement enracinés.
Jules Refile

* Contact courriel
** http://zad.nadir.org/spip.php?

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