C’est une petite vitrine rue de Verdun, en plein centre de Nantes. Un bel emplacement sur lequel les époux Barbault-Schleicher ont jeté leur dévolu en 1996 pour lancer un commerce de meubles, d’objets d’art et de design. La boutique est certes étroite, 27 mètres carrés, mais une mezzanine agrandit la surface utile et l’activité peut, selon l’agence chargée de louer les locaux, se déployer à l’étage dans un appartement de trois pièces qui porte la superficie du local à une centaine de mètres carrés. Ravi, le couple achète le 14 septembre 1996 le droit au bail commercial des locaux. Le bail, établi par le cabinet Duthil, décrit l’ensemble des locaux et précise que «l’immeuble est exclusivement affecté par le preneur à la vente de meubles, objets de design et d’art contemporain, cadeaux, galerie d’art, bureaux, librairie, papeterie, et toutes activités tertiaires». Seul petit souci, il faut construire un escalier intérieur pour faire communiquer la boutique avec l’appartement, une modification prévue dans le bail que les nouveaux locataires se dépêchent de réaliser eux-mêmes avant d’ouvrir leur boutique.
C’est là que commencent les ennuis. La co-propriété se manifeste aussitôt en exhibant un règlement intérieur interdisant de faire du commerce à l’étage. Sûrs de leur bon droit, les nouveaux locataires dégainent un bail qu’ils croient en béton, mais découvrent vite que les choses ne sont pas si simples en droit français et que le règlement de co-propriété s’impose au bail. L’administrateur de biens prend alors prétexte que l’escalier n’a pas été conçu par un architecte pour lâcher ses locataires et les laisser se débrouiller seuls. Victimes d’inondations à répétitions, interdits d’exercer leur commerce sur les trois quarts de leur surface, empêchés de revendre leur droit au bail par l’administrateur qui s’y oppose, le couple Schleicher fait rapidement faillite et l’entreprise se retrouve en liquidation.
Creusant l’affaire, les locataires grugés découvrent alors que l’appartement n’a tout simplement pas d’existence juridique. Il n’est pas assujetti à la taxe professionnelle, mais pas non plus à la taxe d’habitation. Le cabinet Duthil, qui répond aujourd’hui à Lulu avoir loué aux Schleicher deux locaux distincts, n’a jamais répondu aux demandes d’explication des locataires. En représailles ils avaient bloqué leur loyer, versé sur un compte séquestre en attendant une décision de justice. Résultat des courses : le tribunal de grande instance de Nantes ordonne l’expulsion des locataires le 17 février 2003. Atterrée, Chantal Barbault-Schleicher porte plainte contre X le 3 mars pour «escro-querie, faux et usage de faux, abus de confiance». En attendant, les époux Schleicher, ruinés, reconvertis dans les cours de langue, se sont réfugiés dans un petit appartement loué à Rezé. On n’ose pas leur dire qu’ils peuvent attendre un moment avant d’obtenir réparation, ils se croient en Europe.