La lettre à Lulu
Lulu 42 - novembre 2003

Rave de grandeur. Techno-panade à la vendéenne



Rave de grandeur. Techno-panade à la vendéenne
Sous les tropiques vendéennes, une soirée techno légale, bien négociée avec les autorités, s’est retrouvée dans le collimateur des mêmes autorités. Organisatrice de soirées techno, l’association nantaise Ionosphère, soutenue par des membres de la mairie de La Roche-sur-Yon, met en place un cahier des charges très strict, et engage des frais supplémentaires pour satisfaire à la notion de «grand rassemblement» attribuée à la soirée. Des associations de prévention sont présentes, 35 agents de sécurité sont employés et tout est mis à plat avec les différents interlocuteurs. Malgré une capacité de 5 000 places, les renseignements généraux prédisent l’arrivée de 20 000 personnes et le soir, la ville devient le théâtre d’un déploiement policier digne d’un couvre-feu, mêlant gendarmes, CRS et douaniers. Fouillés jusqu’à huit fois, certains préfèrent faire demi-tour pour se rabattre sur une free party à cent bornes de là. À dix kilomètres de la salle, des bouteilles d’alcool sont confisquées à bord des voitures. «Bien qu’on ait accédé à toutes les demandes, on s’est fait traiter comme si on venait de débarquer dans un champ. Vu l’ampleur des contrôles, on perd un bon millier d’entrées», déclare Pascal Bénéteau, organisateur de la soirée.

Mais ce qui met le feu aux poudres c’est l’arrestation de six jeunes en possession de faibles quantités de drogues, dont deux devant la fête. Les 55 cachets d’ecstasy achetés à un prix excessivement bas (1 euro l’unité), les 85 buvards de LSD ou les 410 grammes de shit conduisent des garçons de 19 à 23 ans, sans casier, à la prison ferme pour trafic. Une des avocates s’évanouit. Seul témoin au procès : la brigade anticriminalité. Dépité par ces condamnations, d’un mois et demi à quatre mois ferme, l’un d’eux est conduit à l’hôpital avec après s’être frappé la tête contre la porte de la cellule. «Un échafaud» selon la défense, «une justice aux ordres» selon le maire Jacques Auxiette qui a demandé l’ouverture d’une enquête administrative sur le dispositif de maintien de l’ordre. Des propos déplaisants selon le juge Gallot et le procureur, qui ont déposé une plainte en diffamation. L’adjoint au maire Yann Hélary (Verts) ajoute : «Ils ont piégé les jeunes, la drogue devait vite être revendue».

Finalement, la polémique enfle et la droite, de Villiers en tête, s’empare du débat en condamnant ne serait-ce que l’idée-même d’organiser une telle soirée. Au passage, Yann Hélary rappelle que vient de se tenir sur le même site le festival Microcosm qui a réuni plus de 5 000 personnes sans aucun incident à déplorer. «On a toujours l’intention d’offrir de la culture aux jeunes, c’est notre rôle» : Pascal Beneteau souhaite reconduire son festival et fustige l’action du gouvernement qui «met de la poudre aux yeux en autorisant un gros festival pour mieux détruire le mouvement à la base».

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