La lettre à Lulu
Lulu 72 - avril 2011

Rebut de presse. Villa déchets, concept jetable


L’événement devait s’exporter ailleurs. Trop cher. On restera dans le circuit court, nanto-nantais.


Rebut de presse. Villa déchets, concept jetable
Construire une maison avec des rebuts urbains, tel a été le pari de Villa Déchets®, avec appel à générosité, à donner du temps pour la planète. «Défi collectif» , «architectural et communautaire», «durable» clamaient les slogans. En apparence pédagogique et bien pensante, l’initiative parrainée par Nantes Métropole aura mobilisé des centaines de bénévoles, 5 000 selon les organisateurs, aucun chiffre selon la police, mais parfois les mêmes sont revenus plusieurs fois marner gratos, fabriquer des briquettes de papier mâché et des cloisons en palettes récupérées, troublant les stats. Cette belle idée cache un bizness, une « opération » dotée d’un budget conséquent, et d’un destin de marchandise reproductible. Vendre aux enchères les nuitées dans la maison a laissé penser avant même les finitions que c’était déjà un produit d’aventure urbaine, commercialisable pour bobos. Ce qui est le premier métier de Yann Falquero et Frédéric Tabary, les deux initiateurs de ma villadèche de récupe.

Paris est tenté, Delanoë a dit banco mais pas tout seul et ça coûterait bonbon, entre 800 000 et 900 000 euros, trois fois plus qu’à Nantes (sans compter la logistique Nantes Métropole), selon Yann Falquero. Le gros sponsor sollicité à Paname a lâché l’affaire : « On y a cru. Notre relais appelait Martin Bouygues par son prénom et lui envoyait des SMS, mais finalement Bouygues ne suivra pas », déplore Yann Falquerho.

Villa Déchets® a fait l’objet d’un dépôt de marque mais, depuis, le nom a été partiellement revendu à un sponsor principal, la société Maisons du monde, qui doit commercialiser une gamme de produits recyclés design dans ses magasins disséminés dans toute la France. D’octobre à décembre, l’opération a évolué dans une débauche de communication.

Création d’un logo pour l’opération, d’un site, d’un blog, de pages facebook, d’un compte tweeter, et un livre à venir pour mémoriser l’événement. Sans oublier la création de gadgets, sacs en toile estampillé du logo, badges, 5 000 gobelets en plastique forcément durable toujours imprimés du logo, ou ces bracelets en plastique verts estampillés www.villadechets.org pour véhiculer l’image de la marque, avec crochets tout aussi en plastique et indispensables porte-gobelet pour pas égarer son glass en plastoc. Les promoteurs ont annoncé la même opération dans des grandes villes, Bruxelles, Marseille, Paris, et même New York.

Mais finalement rien du tout. La maison durable ne passera peut être pas l’automne dernier.

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