La lettre à Lulu
Lulu 85 - juillet 2014

Repotagérisation. Un jardin qui a de la tenue


Au printemps, le « Jardin des Ronces » a semé une Zad urbaine à Doulon.


C’est un squat à la binette, face au cimetière du Vieux-Doulon. Une zone d’attente où les ronces avaient repris le dessus. Des légumes poussent désormais dans l’ancienne friche : "On s’est senti d’autant plus légitimes à cultiver que c’était une terre maraîchère abandonnée", explique ce dimanche 29 juin un des jardiniers à une assemblée disparate d’une centaine de gens du quartier, de zadistes venus en soutien et d’usagers de ce terrain où le projet d’urbanisation doit bétonner 80 hectares. On est administrativement dans la ZAD Doulon-Gohards. "On parle de 2.000 logements, dit une dame qui habite à côté, mais à Bottière-Chesnaie ils en ont fait bien plus, et plus haut que les quatre étages maxi annoncés, pour que les promoteurs gagnent leur beurre". Effectivement, les questions de profit ont vite rattrapé les intentions d’écoquartier. Éco quoi ? Économique, pas vraiment écologique, sauf les parkings rendus invisibles.

«À son lancement en 2002, Bottière-Chénaie devait accueillir moins de 1 500 logements, il y en aura en fait 2 400 à son achèvement» avec «une densification accrue pour permettre aux acteurs publics et privés de tirer leur épingle du jeu»*.

Prévenus par des petits papiers dans leurs boîtes aux lettres, ces riverains sont venus, curieux, attentifs, porteurs de la mémoire de ces terrains. Christiane est restée toute la journée, déballant ses malheurs, son admiration pour la capacité de mémoire des chanteuses populaires, poussant un coup la chansonnette devant une assiette de radis du jardin et un verre de blanc du cubi.

Sur chaque parcelle, un nom, un parent : «Celui-là avait un cheval, l’autre un motoculteur. Ça fait peut être quarante ans que c’est plus cultivé. Ah, vous avez retrouvé le puits... Il y avait aussi des rails avec des wagonnets pour porter les légumes, de la récolte au hangar. Au moins ici, les anciens n’ont pas mis des tonnes de produits chimiques.» Ils se souviennent des anciens chemins sillonnant les tenues maraîchères. Un peu admiratifs du boulot abattu pour débroussailler ces massifs de ronces et replanter. «On a tout défriché à la main. Quand on est beaucoup, ça va vite.». Ils ont mangé ensemble, beaucoup parlé, bu quelques coups, avant un bal folk dans le hangar. Désormais, l’urbanisme et les promoteurs devront compter avec ce jardin rendu à la culture, au lien avec le quartier, au fonctionnement collectif. Avec une autre vision de la production potagère, au plus près, sans pesticides ni trucs chimiques pour faire pousser les légumes. À suivre dans les prochains mois, le combat des faucilles et binettes contre les buldozers.

Emiliano Zapatate

* dépêche API, 13 décembre 2013


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