La lettre à Lulu
Lulu 52 avril 2006

Réseau défaut. On peut plus chômer peinard


Mon non-emploi et moi, on est en plein émoi.


Les aventures de Thierry formé au safari de chasse à l'emploi, racontée par Thierry himself :

J'ai été convoqué à l'ANPE en février. Une «réunion d'information dans le but de vous donner un rendez-vous». Déjà, j'adore. C'est clair, on est chômeur, donc on a du temps. On nous le fait bien comprendre. Je vais donc à l'ANPE de Carquefou. On est convoqué à 8h40 et finalement reçu par une nana qui arrive à 9h, une Chrystelle Jesaispluscomment. Après vérification, un tiers des gens convoqués n'a rien à faire là : il y a une erreur avec leur code Rom. La plupart, on est donc des erreurs. Elle passe quand même une heure et demie à nous expliquer comment remplir un CV, en étant attentifs à la typologie des patrons à qui on s'adresse. Important, la typologie. Elle nous exhorte à «se jeter dans la bataille» de «la problématique au jour d'aujourd'hui de notre non-emploi». Super. Avec un petit couplet pour ceux qu'elle juge malcomprenants : «Je vais vous parler français, comme ça, vous allez peut-être comprendre». Elle dit ça en regardant une femme de type asiatique, qui parle peut-être aussi bien le français qu'elle, on ne sait pas, elle n'avait pas encore ouvert la bouche ! Un peu de racisme, ça nous met déjà dans le bain de l'entreprise, faut pas se croire dans un cocon. On se sent reboosté à bloc. Elle ajoute que les 35 heures, c'est fini et qu'on va revenir aux 39 heures. Toujours bon à prendre, une info confidentielle. La dame nous dit carrément que «l'ANPE, c'est une grosse usine à gaz, limite surréaliste», qui ne nous trouvera de solution que dans 20 % des cas, pas plus. Faut dire qu'elle nous a précisé qu'elle n'est pas de l'ANPE, mais d'un cabinet de recrutement, et qu'elle appartient, parallèlement à une association d'insertion. On ne sait donc pas si on doit se considérer victime de son bénévolat ou de la sous-traitance de l'agence pour l'emploi.
Elle nous le dit texto : faut rien attendre de l'ANPE. La clé, c'est «notre réseau». Comme si on était tous francs-macs, au Rotary ou anciens de l'ENA. Non, on n'a pas bien compris, le réseau, c'est aussi la famille, les voisins, les anciens collègues, bien qu'en France, à la différence des pays anglo-saxons, on a cette gêne de pas vouloir demander quelque chose aux autres, pour pas donner le sentiment qu'on est inférieurs. J'ai au moins appris un truc : pour résoudre par moi-même ma problématique de retour vers le non-non-emploi, faut que j'aille frapper fissa chez mon voisin de palier. Des fois qu'il me trouve un plan pour faire vendeur de CV en porte-à-porte. Je me sens vachement force de vente au jour d'aujourd'hui !

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