La lettre à Lulu
Lulu 46 novembre 2004

Rien à signaler. Non mais faut pas décoller !



Sur l’affiche collée en octobre à Nantes, Simone Veil (survivante du camp d’extermination d’Auschwitz) serre la pogne d’Adolf fort heureux de lui sortir : “Bienvenue au club !”. Le slogan “Déjà six millions de victimes”, émane d’un collectif “30 ans, ça suffit”, élargi aux plus étroits des activistes de l’extrême-bénitier.

Ça a dû chauffer longtemps chez les “créatifs d’extrême droite” (il y a de ces mots comme ça qui ont du mal à voisiner !) pour accoucher d’une telle ignominie, remise en cause de la liberté d’avortement, banalisation de la Shoah et Simone Veil traînée dans la boue. Après être passé deux semaines durant devant l’affiche, la rage me saisit.

Appel à la mairie. En bon naïf, je balance tout, anti-sémitisme, révisionnisme ; le grand jeu quoi. Réponse du planton : “Ah ! Heu… Oui mais, ces affiches, elles sont à des endroits autorisés ou pas ?” Quel service avertir ? Quel élu joindre ? Insensible à la démocratie directe, mon interlocuteur ne voit pas ce que les élus ont à voir là-dedans : “Oui mais… vos affiches ? À un endroit autorisé ou pas ?” Il finira par concéder un signalement au service de nettoyage.

A Waldeck Rousseau, la jeune femme à l’accueil suggère : “Vous pouvez peut-être voir avec les associations spécialisées pour ça ?” Porter plainte ? “Bof ! Je sais pas si vous pouvez…” Visiblement, je l’emmerde. Faut dire qu’aujourd’hui c’est le match Nantes-PSG. Il y a plus important ! (dans quelques heures, un flic bourré va en flinguer un autre, ici, dans ces mêmes murs. Faut préparer les bouteilles). Après en avoir référé par téléphone à un supérieur, la miss me renvoit à mon commissariat de quartier. J’y vais : c’est l’heure de la sieste. Je résume ma démarche. Un policier, perspicace, laisse tomber : “on a l’impression que tout le monde s’en fout…” Royal, il m’accorde quelques lignes sur la main courante.
Lundi, direction le Jardin des Plantes. Bureau des gars de l’entretien. Après tout, la fameuse affiche est collée sur les murs d’enceinte et sur une poubelle à l’entrée. Le gars est désolé : “Vous savez, nous on embauche, il fait nuit et quand on finit, il fait à nouveau nuit.” Il y a peut-être aussi un peu de brouillard, pour rester dans le ton, je suggère en douceur. La technique dite du papotage. Le gars me parle du match samedi soir, du flic qui pissait en public, directement de l’arrière du fourgon… Les choses de la vie, quoi. Et puis : “C’est pas les estrémisses qui posent des problèmes ici… C’est plutôt les… Enfin vous voyez ? D’ailleurs, y’en a pas ici. Mais si on les traite de pédés, on se prend un procès maintenant !” Finalement, bien brave, il me laisse appeler la Communauté Urbaine, à partir de son poste. Ce sont eux “qui ont la compétence”. Là, pas de problème, on acquiesce, on opine, on pige et on veut me refiler le numéro d’un bureau de quartier. Hé ho ! Les bleus me l’ont faite celle-là !

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