La lettre à Lulu
Lulu 53 juillet 2006

Rire & pognon. Pour trois vannes, t'as plus rien


Entrez, riez, applaudissez, crachez au bassinet, riez, sortez. Revenez l'an prochain.


Rire & pognon. Pour trois vannes, t'as plus rien
Le premier festival «Juste pour rire» a été une réussite de la création zygomatique. Un exploit du bidonnage collectif et de la poilade comptable. D'ailleurs, il ne faut pas dire «festival», mais «événement». Nuance… Le premier succès, le plus beau, aura été d'avoir réussi à glaner autant de subventions publiques pour un genre de plateau de showbiz qui n'a pas l'habitude de faire la quête chez les contribuables. Quand Johnny avait tenté le coup pour sa tournée en 2002, ça avait fait un beau tollé. Cette fois, pas un mot de travers, tout le monde s'est bien tenu. Journalistes, intermittents, tous très bien. Silence radio, motus journaux. Et avec 200.000€ de la ville de Nantes et 100.000€ de la région*, on peut dire que le chapeau a été bien passé, croulant sous l'aumône publique. Un tiers du budget assuré par le fric racketté aux contribuables, c'est déjà la meilleure blague de ce machin. L'alibi était simple : la subvention devait permettre d'étoffer la programmation vers des jeunes talents, des espoirs, des rigolos de demain. Du côté de ce coup de pouce aux artistes émergents, comme on dit, c'est plutôt le bide. Ceux qui ont tenu le stand du journal de BD Ferraille se sont copieusement fait tartir devant le vide sidéral des couloirs du festival, carrément déserts la plupart du temps. Pourtant les élus se disent aux anges, le directeur de la cité des congrès ponctue la clôture du festival de la formule convenue : «Que du bonheur !». Les organisateurs annoncent 37 000 spectateurs, des chiffres dépassant leurs espérances, ce qu'ils traduisent par un taux de remplissage - l'audimat des spectacles vivants - de 75%. D'autant plus curieux et suspect qu'avant la manifestation Bruno Baron, producteur exécutif du festival, annonçait : «On a 40.000 billets à vendre». Mais leur chiffre de spectateurs paraît bien optimiste puisqu'ils avouent y intégrer l'estimation des badauds de rue, assistant ou passant devant le spectacle de plein air gratuit de Cirkatomik, la Quincaillerie Parpassanton. Chiffrage sans billetterie, par définition sujet à caution. Promis, la prochaine fois, si on y va, chacun se compte individuellement, on se retrouve à la fin, et on additionne. Non mais ho !

Un festival a bons comptes

Le plus gênant de tout ce beau bilan, c'est que ce festival grassement subventionné n'a fait le plein qu'aux spectacles des têtes d'affiches. Ces grands noms déjà archi médiatisés, les vedettes de la télé, auraient de toute façon joué à guichets fermés ou quasiment. Le gala d'ouverture avec Ruquier, les shows de Dubosc, Omar & Fred, Foresti, tous complets. Les autres, les jeunes talents belges, africains, québécois suisses et français, les matches d'impro, les obscurs et les sans-grade ont joué devant des salles clairsemées, où le décompte des pelés et des tondus pouvait se faire sur les doigts d'alcool fort avalés dans les loges pour se consoler. «Notre défi, c'est la création», disait pourtant Gilles Petit, le PDG de la société anonyme Juste pour rire France. La création aura servi d'alibi pour pomper les subventions, finalement profitables aux grosses têtes de rigolos qui émargent à l'ISF. Pour les organisateurs, c'est juste un bête problème de marketing précipité. La commercialisation des billets a débuté trop tard, la communication n'a pas su montrer tous les attraits des
« petits » marrants. Il ne reste plus qu'à extorquer - en riant - une rallonge de subvention pour mieux maîtriser leurs enjeux de billetterie, de com et de pub… Juste pour faire rire l'expert-comptable.

Raymond Devalisos

* Mieux que la location de l'écran géant à la Petite Hollande pour les derniers matches des Bleus, qui n'a coûté que 110 000€ aux contribuables nantais.

Rire aux 27 éclats
Y'en a jusqu'en 2033 ! On n'a pas fini de rigoler. «Nous avons recensé vingt-sept thématiques possibles autour de l'humour. Nous ne les avons pas toutes exploitées encore, comme la danse ou le cinéma…»*, dit Jacques Tallut à la tête de la cité des congrès. L'humour et les équipements touristiques structurants, c'est quelle année ?
* Presse-Océan, le 15 mars 2006

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