La lettre à Lulu
Lulu 76 - mai 2012

Royal de Luxembourg. Nantes humiliée par un renifleur de picrate


La multinationale nantaise fugue dans un Eden de la fiscalité. Que fait la police municipale ?


Royal de Luxembourg. Nantes humiliée par un  renifleur de picrate
L’attractivité de Nantes en prend un coup dans les carreaux. Notre plus beau fleuron, Eurofins, leader mondial de la bioanalyse agroalimentaire, pharmaceutique et environnementale, s’en va comme un voleur, déménageant sans tambour ni trompette son siège social au Luxembourg. Une contrée qui n’est pas du tout, c’est connu, un paradis fiscal, mais applique seulement un secret bancaire rigoureux, ce qui l’honore. Les trompettes ont pourtant régulièrement célébré Eurofins, qui traque polluants et OGM dans la bouffe, mais aussi traite des profils ADN, emploie quelque 12 000 salariés, et détient 160 labos dans 32 pays européens, américains et asiates. En 2011, Eurofins pète un chiffre d’affaires de 829 millions d’euros avec un bénef net de 57 millions. La boîte, désormais multinationale, doit beaucoup à Nantes depuis sa création en 1987 : procédé de détection des vins frelatés né dans un labo de chimie de l’université, aides de la pépinière nantaise Créatic, soutien d’Atlanpole... Pour les vingt ans, en 2007, Eurofins est célébré comme «une belle preuve d’attachement à Nantes, "le berceau de l’entreprise"».* Le site de Nantes métropole titre alors en citant le DG d’Eurofins : « Nantais ? Plus que jamais ».

Fini, tout ce préchi-prêcha. L’ingratitude mène au Luxembourg. Mais pourquoi le Luxembourg ? Pas pour de basses manœuvres fiscales, comme l’avancent de perfides observateurs financiers, le cabinet de conseil et d’analyse financière Proxinvest, et l’AGF, Association française de la gestion financière... Gilles Martin, le pédégé fondateur affirme à qui veut le croire que le déménagement n’est « pas, contrairement à certaines rumeurs et apparences, motivé par des raisons fiscales ou de droit des sociétés plus favorable aux actionnaires majoritaires au Luxembourg »**.

Et puis, la fuite de Nantes ne faisait pas l’ombre d’un pli, chaque activité étant déjà coiffée par une holding basée au Luxembourg. Ce n’est que la holding des holdings, le haut de l’emboîtement des poupées russes, qui déménage. En jargon de fugueur, ça s’appelle un « alignement avec la réalité opérationnelle ».

L’assemblée générale du 11 janvier 2012 n’a voté qu’à 85 % pour cette expatriation. Un claque, en fait : le pédégé et sa famille détenant 62 % des droits de vote, les autres actionnaires ont donc été bien plus nombreux à s’opposer qu’à approuver. Ces petits porteurs ne pigent rien à la réalité opérationnelle réalignée. 

*Presse Océan, le 3 octobre 2007
** Les Échos, le 6 mars 2012

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