La lettre à Lulu
Lulu N° 80 - mai 2013

Ruban adhésif. L’acceptabilité, ça s’impose


Vinci travaille les outils de séduction pour faire passer ses projets.


On peut se marrer en piochant dans la littérature de «La Fabrique de la Cité», un think tank créé en 2008 par Vinci. Cet édito de Remi Dorval, son président*, est collé en préambule d’un rapport intitulé «De l’acceptabilité à l’adhésion»**, synthèse du séminaire international annuel de La Fabrique-machin, tenu du 29 au 31 août 2012 à Amsterdam. Surtout, ne jamais penser à Notre Dame-des-Landes en lisant ça : «Comment dépasser les oppositions multiformes qui s’élèvent régulièrement contre la construction des grands équipements urbains ? Comment susciter l’adhésion nécessaire à la mise en œuvre d’infrastructures décidées au nom de la rénovation urbaine, de la promotion du lien social ou de la dynamisation économique d’un territoire ?». C’est vrai, ça : comment ? Mais attendez, ce n’est pas tout : «Comment évaluer les divers coûts induits par la recherche de l’adhésion des citoyens (retards de construction, modifications des plans initiaux, campagnes d’information et de communication, etc.) ? Comment enfin dépasser les oppositions locales et régler les conflits qui apparaissent inévitablement dans le processus de construction urbaine ?».

Comme si cette  «Fabrique de la cité» ouvrait un département fabrique du consentement, histoire de transformer la résistance en une adhésion, un accord qu’on renommera "demande ", enfin parfaitement adaptée à l’offre.

L’étude conclut que "les investissements permettant de susciter l’adhésion représentent une dépense assurancielle face à un risque de non-adhésion qui pourra bloquer la réalisation de l’équipement et engendrer des coûts bien plus élevés". Dans le bocage nantais, y aurait comme un hic. Remi Dorval dit le fond de la pensée : "La légitimité démocratique ou la maîtrise de l’expertise ne suffisent plus pour imposer des décisions engageant l’avenir d’un territoire". Ces braves dirigeants de Vinci rêvent donc de décisions à imposer. Une décision soumise à impôt, ça rapporte combien en recettes fiscales ?

* Ce n’est pas son vrai métier, ce Dorval est d’ordinaire directeur délégué de la recherche et développement de Vinci pour l’Europe.
** Édition des Presses de Science Po, novembre 2012

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