La lettre à Lulu
Lulu 90-91 - décembre 2015

Sans transition... Le port fossilisé


La « transition énergétique » portuaire fait dans l’écolopétrolo, en gardant le plus longtemps possible les précieuses énergies fossiles qui font l’essentiel du tonnage.


C’est nouveau, le port de Nantes Saint-Nazaire, aux deux tiers lié aux énergies fossiles, se lance dans l’écologie d’annonce en revendiquant de « devenir le port de référence de la transition énergétique et écologique ». Même si le pétrole, le charbon et le gaz pèsent 68 % du bilan annuel du tonnage, millésime 2014. Tout sauf du renouvelable. Tributaire des choix nationaux, le quatrième port d’État aligne son affichage sur ceux du gouvernement et sa loi « sur la transition énergétique pour la croissance verte ». Mais la réalité est bien plus fossile que ça. Bien contrariantes, ces cargaisons de charbon et de gaz naturel, de brut et de fioul lourds à l’import, d’essence à l’export vers les États-Unis, submergent les statistiques. Le directeur du port propose d’« apprendre à moins raisonner en millions de tonnes ». Faut bien tenter de gommer cette pesanteur massive des fossiles.

Mise cra cra

L’estuaire de la Loire mise pourtant sur l’avenir de ces énergies condamnables et condamnées. Si le trafic du gaz naturel a quasiment disparu, happé par la demande japonaise d’alternative au nucléaire après Fukushima, les dirigeants portuaires n’espèrent qu’une chose, son retour au plus vite. La durée de vie de la centrale de Cordemais, mi-fioul mi-charbon, a été prolongée jusqu’en 2035, EDF investissant 350 millions d’euros en 2015 et 2016. Aucun trafic de remplacement n’est envisagé d’ici 2020. Fierté locale, cette centrale à charbon est un peu un dinosaure. Sur les deux survivantes hexagonales, les deux tranches de 600  megawatts de Cordemais pèsent deux fois plus que Le Havre et sa tranche unique. Le directeur du port s’en réjouit : les fermetures de raffineries en France ont épargné Donges, qui, une chance, « se positionne sur des produits à normes environnementales » (On imagine l’annonce : « La centrale se positionne sur des carburants illégaux, sans normes et mise tout sur la fraude aux réglementations »). D’autant que ces jolies normes n’empêchent pas l’effet néfaste sur le dérèglement climatique. Le diesel post moderne reste du diesel et ne sera jamais une énergie « propre ». « La dépendance aux énergies fossiles, il faut en faire un atout. On ne s’inscrit pas en rupture », dit le directeur du port Jean-Pierre Chalus en présentant le plan stratégique 2015-2020 (le précédent a été concocté en 2010). Un plan qui évacue tout scénario de décroissance forcée de ce flux d’énergies en voie d’extinction. Et on ne parle pas du demi-million de tonnes de ciment, à la production très gourmande en énergie, une des sources majeures de production de CO2 après le trio pétrole-charbon-gaz.

La transition énergétique de référence en basse-Loire tourne manifestement le dos aux impératifs de garder 80 % des réserves fossiles dans le sol, seul moyen pour tenir l’objectif de limiter à deux degrés le réchauffement. Mais l’industrie des énergies fossiles n’a pas du tout envie de perdre les 27 000 milliards de revenus liés à ces gisements enfouis. Une industrie qui bénéficie, selon le FMI, de 10 millions d’euros d’aides publiques par minute, en subventions aux infrastructures, défiscalisations et tout ce que ça coûte à la collectivité, en santé, atteintes à l’environnement.

Fossilus interruptus

Parler de « transition énergétique » dans un port tenu au deux tiers par les énergies fossiles, quelle bonne blague. Hormis pour l’image et le symbole, le développement des trafics liés aux éoliennes en mer pèse assez peu en contrepartie en tonnage, encore moins en recettes provenant des droits de port. « Notre évolution sur les énergies fossiles dépend du marché mondial, voire d’éléments imprévisibles comme Fukushima qui a vu le Japon attirer du gaz à prix fort. Le trafic de gaz nous reviendra, mais quand ? », ajoute Francis Bertolotti, président du Conseil de surveillance. Sur les 28 actions programmées par le plan stratégique, l’action 6 prévoit juste de « mettre en place un dispositif de veille et dialogue avec les principaux acteurs industriels des approvisionnements en énergie fossile. ». Veille et dialogue, c’est pas très proactif, tout ça. Ce plan stratégique vibre pourtant des formules « trois horizons » (court, moyen et long terme), et du « sens de l’Histoire » mais escamote consciencieusement les enjeux climatiques et n’anticipe pas la fin des trente glorieuses de l’énergie. Qu’importe si le pic pétrolier est devant ou derrière nous, ou à quelle échéance irréversible sera décidé de laisser dans le sol plus des trois quarts des ressources fossiles, le retrait mondial des ces énergies coupable de carboniser la planète n’est plus une hypothèse. Hormis son calendrier, c’est une certitude. Ça doit pouvoir se dater au carbone quatorze. Quatorze, comme la guerre, sans doute.

Patrick Poudamné

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