La lettre à Lulu
Lulu 73 - juillet 2011

Sapeurlipopette ! Le congrès ne sait pas sur quel pompier danser


Faudrait pas prendre les sapeurs pompiers pour des congressistes.


Sapeurlipopette ! Le congrès ne sait pas  sur quel pompier danser
Horreur ! Des petits malins ont chapardé la mascotte du futur congrès des pompiers pour tourner des clips la ridiculisant sexuellement, avant de la restituer sans rançon. Ce suppositoire en forme de tour LU aurait pu s’appeler Tourlu, mais ça sonne trop comme Turlute. Déjà que pompier c’est ambigu. Les rois du pinpon s’amusent, mais il y a des limites. Ce sera donc « Lulu la Nantaise »*, ce qui plaît bien au patron départemental Philippe Berthelot, fan des Tonton Flingueurs. Les pomplards-en-chef s’affairent aux préparatifs de leur congrès national, à La Beaujoire du 22 au 24 septembre 2011. Le 118e depuis que le feu a été inventé. Mais le premier à Nantes. Et là, ça ne rigole plus. Le plan de carrière des hauts-gradés en dépend. Un congrès ? Certains pompiers de base n’y voient qu’une pure kermesse, autant de grand messe que de foire expo. C’est de fait une vraie entreprise. Le budget de deux millions d’euros bénéficie d’aides des collectivités publiques et de la vente d’espaces aux exposants, marchands de flammes, de casques à la pointe du progrès et de grandes échelles dernier cri. 3 000 congressistes, plus de 300 stands, 40 000 visiteurs attendus, Sarkozy prévu en clôture.

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L’état-major nantais est sur les rangs depuis 2004. Philippe Berthelot, le colonel-patron du service incendie (le SDIS 44), a claironné que ce serait « le plus beau jamais vécu ». Pas moins. Créée exprès pour l’association sans but lucratif, CSPNA (« Congrès sapeurs-pompiers Nantes-Atlantique 2011 ») gère cette entreprise de trois jours. Elle est chapeautée par la Fédération nationale des sapeurs pompiers, méchamment surnommée « fédération des cochons » pour la tendance alimentaire des officiers supérieurs que cette fédé met à table.

Pon

Le lieutenant-colonel Patrick Giraud, qui aurait dû être à la retraite cette année, fait du rab comme coordinateur en chef du congrès, salaire intégral maintenu, primes de feu comme en vrai. Il pourrait bien en sortir colonel, ce serait tout bon pour sa pension. À temps plein sur le congrès, il n’a plus la moindre fonction pompière opérationnelle, disparu de l’organigramme du SDIS qui le paie, sans disposer de convention de mise à disposition auprès de l’association organisatrice. C’est ce qu’on appelle un emploi caritatif-supplétif-préparatif. Très tif. « Un emploi fictif ? Hmmmm, c’est vrai, mais ça été voulu par la direction et par les élus », soupire le capitaine Rousseau, vrai retraité, qui lui sert d’adjoint. Les assistantes sont, elles, rémunérées par le SDIS 44. Des semaines avant, les logisticiens qui transbahutent du matériel de caserne en caserne sont priés de mettre leurs camionnettes rouges à disposition du congrès. Le personnel administratif se voit poussé à remplir à l’avance les plannings de présence à ces trois jours. Du volontariat un peu forcé.

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Les promoteurs du congrès-foire ont mis le paquet, jouant les sergents recruteurs, arpentant les casernes pour rameuter des bonnes volontés, vantant aux petites mains «l’expérience inoubliable» de cet événement foire-expo qui a besoin d’un demi-millier de bénévoles par jour, agents d’accueil, manutentionnaires, balayeurs, gardiens de parkings, chauffeurs des VIP, et guignol à l’intérieur de la mascotte. Les soldats du feu professionnel traînent les bottes. Aucune envie de se laisser enrôler dans le projet de prestige de leurs chefs, qui les concerne si peu. Pour se muer en homme à tout faire, le sapeur professionnel n’a pas le feu sacré. Il a fallu élargir l’appel aux pompiers volontaires du département, aux lycéens en bac pro métiers de la sécurité et même aux cadets en formation qui n’ont pas eu trop le choix.

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Depuis un an et demi, Philippe Berthelot a «clairement annoncé que la priorité absolue et le seul objectif du service étaient la bonne organisation du congrès, mais il joue surtout son image, son ego et celui de ses plus proches collaborateurs. Du coup, les dossiers urgents sont en veilleuse», soupirent des pompiers. Les gens sont d’un jaloux. Les voitures de fonction des officiers aperçues avec des sièges bébé et sur les parkings de supermarchés font un peu grincer des dents, comme le goût du directeur pour les voitures de marque étrangère, l’automobile française n’étant pas de son rang. Les moyens financiers et humains investis pour ce congrès agacent les hommes qui se souviennent que deux des leurs sont restés sur le carreau à Treillières, électrocutés sur leur nacelle par une ligne à très haute tension. C’était en décembre dernier et depuis, les échelles attendent toujours le système de protection, le même qui équipe pourtant les nacelles EDF et GDF.

Pour l’image de Nantes et des galonnés organisateurs, le congrès ne peut risquer une banderole de protestation des hommes de base. Il se dit qu’un médiateur serait chargé de déminer le terrain, une enveloppe bien garnie en poche. Pourvu que ça ne mette pas le feu au budget.

Alfred Adair

* La Lettre à Lulu a même été sollicitée par les organisateurs pour savoir si le nom pouvait être repris, et si ça n’allait pas froisser nos actionnaires...

Mon général
La grande échelle se pousse du col

Colonel, c’est insuffisant. Général, c’est mieux. Philippe Berthelot, le directeur départemental du SDIS 44 a monté une «Association nationale de directeurs des services incendie et de secours » qui fait notamment du lobbying pour que soit créé un grade de général, histoire de péter plus haut et palper autant. Augmenter la pyramide des grades permettrait d’être les premiers civils à parader avec ce grade sans avoir fait Saint-Cyr.
« On n’embauche pas de pro 2e classe, mais on va payer des généraux ! », grogne la base. L’armée mexicaine des officiers se sent bridée. Le plafond de verre est ignifuge, au moins ?

Coquet colon
Le directeur-colonel et une poignée de hauts gradés ont eu la coquetterie de se doter, sur le budget de service, de blousons d’aviateurs en cuir, genre américain. Et fait coudre leurs galons sur cette fantaisie costumière. Rien à voir avec la tradition pompière, mais ça fait chic. Au bas de l’échelle, les hommes ricanent.

Surtout que le discours de leurs chefs est à la rigueur, au « dépenser mieux », et au rappel du très officiel Règlement d’habillement dès qu’ils jugent qu’un pompier manque de tenue.

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