La lettre à Lulu
Lulu 84 - mai 2014

Semelles compensées. Le préfet sur la réserve


Pour amadouer les écolos, le préfet joue 15 000 ha d’estuaire à classer réserve naturelle nationale contre l’abandon de bisbille pour détruire la vasière nazairienne. Un quasi chantage qui inclut aussi la méthode des mesures compensatoires, déjà décriée à ND des Landes.


Si le projet d’aéroport est bien une épine dans le pied du préfet, une autre écharde lui titille les arpions : le projet de réserve naturelle nationale pour l’estuaire de la Loire, dite RNN, lancé en 2009 par Borloo, alors ministre écolo. C’était, juste après l’abandon du projet d’extension portuaire à Donges Est en zone humide, ratatinée par l’Europe pour non respect des règles sur l’environnement. Les recours avaient été portés par trois associations écolo*. Une victoire hors-sol, juridique, sans lutte de terrain. Aucun rapport de force instauré par un collectif de tritons en colère ou de rousseroles effarvates.

Réserviste

26 novembre 2010 : le préfet Christian de Lavernée lance la première réunion pour causer RNN. Prévue en janvier 2014, après consultations locales et enquête d’utilité publique, la création de la RNN s’enlise illico à la case départ. Spécialiste des retards de projets, le préfet tombe ici en terrain bien miné. Comité scientifique et services de l’État envisagent alors de classer 12 000 à 15 000 ha, un quasi-record français. Les assos de protection de l’environnement sont pour, dont la Ligue de protection des oiseaux qui se verrait bien gérer la future réserve. Pour son périmètre, Nantes métropole est pour, à Couëron, au Pellerin. Regroupant surtout des chasseurs, quelques pêcheurs, des agriculteurs de la Coordination rurale, le collectif « Des Racines et des Hommes » est farouchement contre. Le prestataire choisi par l’État pour forger le projet (précédents administratifs et techniques, critères d’études, incidences économiques, campagne d’acceptabilité) est Biotope, bien connu à ND-des-Landes.

Compromissionnaire

Le préfet pond en février 2013 un « pacte pour l’estuaire » qui n’a force ni de loi ni de réglementation. C’est à la mode, les pactes. Un compromis purement stratégique. Quelques principes, sans engagement formel. Les chasseurs refusent de signer, toujours logiquement contre la RNN. Les écolos tiquent aussi. Récrit plusieurs fois devant les réticences, mais sans rien changer au fond, le texte ne précise pas de périmètre à la réserve naturelle en projet, et propose un mode de compensation pour la vasière de Méan, ou Grand-Tourteau, classée Natura  2000, « au potentiel nutritionnel encore important pour l’avifaune migratrice et hivernante (limicoles, anatidés) ». Le pacte servirait à désamorcer l’opposition au bétonnage du Grand-Tourteau. Pour le conseiller régional vert Christophe Dougé, « la monnaie d’échange, c’est : on vous donne la réserve, lâchez la vasière de Méan ». « Cette règle du donnant-donnant, c’est une forme de chantage », abonde Hervé Le Stat pour Bretagne Vivante. Le reste de grande vasière bien mordue par le béton au xxe siècle est un petit carré de vase avec une pointe, 71 ha seulement, au pied du pont de Saint-Nazaire. Le réaménagement portuaire voudrait la bétonner pour déplacer à l’aval le terminal roulier, où doit prendre place l’usine à nacelles et turbines éolienne marines d’Alstom. Division : en février 2012, au conseil municipal de Saint-Naz’, l’écolo de service François Billet a approuvé cette disparition d’espace protégé. L’intérêt suprême de l’éolien industriel contre un parterre de vase sacrifié.

Serpentdemeriste

« Ce projet de réserve risque de tourner à l’Arlésienne, explique le naturaliste Hubert Dugué, de l’Acrola, Association pour la connaissance et la recherche ornithologique. Le préfet voit avant tout l’estuaire comme une zone économique. Depuis dix ans, le périmètre classé Natura 2000 n’existe que sur le papier. Les élus des deux rives n’ont pas signé son application, personne n’a été nommé pour le faire respecter, et il n’y a aucune gestion. Il ne s’agit pas de mettre 20 000 hectares d’estuaire sous cloche, mais il faut des contraintes raisonnables. Sinon, cet écosystème qui recèle des trésors naturels et mérite une protection sera rogné peu à peu par l’extension de diverses activités, notamment portuaires et industrielles. »

Antivitrifiste

« Pas question d’accepter un sanctuaire qui vitrifierait ce territoire. On nous dit que nous pourrons toujours chasser... On connaît le refrain ! La première année on nous laisse faire, et la suivante, la chasse n’est plus autorisée qu’en poste fixe, sans chien. Dans toutes les réserves françaises, ça se passe très mal », riposte Dany Rose, président de la fédé départementale des chasseurs et du collectif « Des racines et des hommes ». Un doigt sur la gâchette, un œil sur le renouvellement des stocks d’oiseaux d’eau à tirer, les chasseurs défendent les réserves qu’ils gèrent eux-mêmes, « derniers bastions de la chasse populaire, où tout un chacun peut pratiquer pour un prix modique. »

Pour l’estuaire, la Région, les collectivités, le Département préféreraient de beaucoup un classement en parc naturel régional, beaucoup moins contraignant. Une étude de faisabilité doit être rendue cette année 2014. Même les chasseurs pourraient l’admettre. Mais les mêmes enjeux sont bien moindres. En attendant, on pourra toujours faire une réserve bocagère humide à ND-des-Landes. Pas besoin de faire campagne, tout est déjà en place.

Bruno Dubon
*Loire Vivante, Bretagne vivante, Ligue de protection des oiseaux.

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