La lettre à Lulu
Lulu 85 - juillet 2014

So squat? T’occupe, c’est rien…


Ne pas confondre squatteur et squatteur. L’un est amuseur officiel, subventionné. L’autre viré manu militari.


« Villa occupada », c’est le nom d’une étape du parcours du Voyage à Nantes de l’été 2014. Désaffectés, les anciens locaux de la Mutualité ont été très officiellement investis par des artistes peignant les murs. L’inauguration a été perturbée aux cris de « Villa expulsada » avec quelques graffitis non désirés clamant qu’il vaut mieux squatter les musées que « muséifier les squats », et « prends zad dans ta gueule », ce qui est un peu signé. Les officiels ont rapidement quitté un lieu devenu infréquentable et décidé de fermer pour la soirée. La soirée d’inauguration ! Un comble pour les happy few. Faut dire que cette expo « Villa occupada » a trouvé refuge dans un bâtiment qui jouxte l’ancienne bourse du travail, justement là d’où une soixantaine de sans-papiers ont été expulsés sur ordre de la mairie en 2001. Installer une expo singeant un squat, c’était un peu jouer avec le feu, dans une ville où les squats sont régulièrement virés à grands renforts de police : sans papiers rue de Crucy le 6  mai, zadistes rue du Chapeau-Rouge le 20 juin, etc.

Le Voyage à Nantes excelle à faire passer pour un spectacle ou une attraction à touristes les initiatives de survie ou de lutte politique. Déjà en 2012, Agnès Varda avait fait soigneusement démolir par ses assistants un appartement vide de la rue Santeuil, pour réaliser un faux squat, subventionné et touristique. Graffitis aux murs artistement défoncés pour faire comme, gravats dans les coins, sommier percé. Ca s’appelait « La chambre occupée », et c’était censé redonner la parole aux sans-logis via « les objets de leurs besoins de base, un lit, un poêle, un caddie plein de nourriture, mais ces objets sont détournés pour servir de support à trois téléviseurs ». Une vraie sans-logis avait répondu dans une lettre ouverte rageuse : « Le discours politique n’est pas à vendre, Agnès. La colère se hurle et explose, occupe la rue et fracture des portes, mais l’empaqueter de prétentions artistiques pour la vendre à Jean Blaise, c’est signer son impuissance et la livrer au service des bourreaux (…) Avec ta caricature de squat aux murs explosés, tu n’as rien saisi de la vie des expulsés de tous horizons et c’est tant mieux. La galère n’a rien d’exotique, quel que soit le prétexte du voyage. »** Ne pas confondre les squats virés par des commissaires et leurs commis à matraque, et ceux qui sont organisés par des commissaires d’exposition.

* « Le squat fait tache, ou pas », Lulu n° 78-79, décembre 2012
** Lettre ouverte à Agnès Varda, Indymedia, 22 juillet 2012

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