La lettre à Lulu
Lulu 72 - avril 2011

Socio logis. La petite maison dans l’après ric-rac


Lotissement chic, mais ric-rac question fric : garder une employée à moins de 400 euros par mois, c’était la ruine. L’expulser permet de récupérer la maison de fonction. Humanitairement, bien sûr.


Socio logis. La petite maison  dans l’après ric-rac
Concierge du lotissement de standing du Housseau, à Carquefou, éliane Dupé a cessé de plaire. Surtout que la maison où elle loge avec sa mère handicapée a quelque menu intérêt pour l’association de copropriétaires*. Achetée un franc symbolique avec le terrain de 5 000 m2, elle a une valeur plus que symbolique. En 2003, on avait déjà voulu récupérer la maison où habite Eliane Dupé (occupation prévue par le contrat de travail), en la virant sous prétexte que les feuilles mortes sur le tennis n’étaient pas balayées aux normes Iso 9002. Enfin presque. Le licenciement pour motif d’insuffisance professionnelle échoue. Les prud’hommes imposent même qu’éliane Dupé relève de la convention collective des jardiniers. Mais éliane Dupé a surtout pour objectif de demeurer là où elle a toujours vécu, où son grand père Albert a été métayer du château. Dans les années soixante, la propriété s’est muée en lotissement huppé, et le métayer en gardien. Elle incarne la troisième génération au service des habitants des lieux.

Après la première tentative, les plus vindicatifs des propriétaires serraient les fesses. Avec cette satanée décision des prud’hommes, la concierge jardiniérisée avait cinq ans pour faire valoir ses droits antérieurs, heures sup, congés payés, rémunération recalculée au barème convention collective. Soit près de 100 000 euros. éliane Dupé n’a rien réclamé, considérant que le maintien dans les locaux était son objectif, vivant avec son salaire à mi temps : 356 euros net. Mais au bout de cinq ans, les copropriétaires forgent un nouvel argument : son travail est externalisé, donc licenciement économique, et comme le logement est lié : plus de contrat de travail, allez hop expulsion ! à la rue. Compte tenu de la valeur économique du logement « dans un des lotissements les plus agréables de l’agglomération », comme dit Me Delalande, avocat de l’association des propriétaires, et du souci de « faire les choses de manière très humaine », on lui demanderait 1 200 euros de loyer pour rester. Prix d’ami.
Pour le licenciement économique, l’employeur (les 240 coproprios) devra prouver devant les prud’hommes que la maigre rémunération de sa concierge le met en difficulté et que le recours à une société extérieure va le sauver d’une ruine certaine. Les procédures contre le licenciement et l’expulsion se chevauchent. Concernée par les expulsions, la préfecture a déjà fait savoir qu’elle considère le licenciement abusif. Restent que les copropriétaires ne font pas bloc. Un comité de soutien à éliane Dupé s’est créé. Mais la dernière assemblée générale extraordinaire convoquée pour statuer sur l’expulsion a été écourtée à quelques minutes par l’avocat de l’association qui a roulé les opposants dans la farine. De manière très humaine, bien sûr.

Rémi Zérab

* Chasse au serf chez les rupins, Lulu N° 38, novembre 2002

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